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Nous arrivons au chant des oiseaux le 11 avril en début d'après-midi.
En ce lundi, jour de relâche chez les Cornée, toute la famille est encore à table avec quelques amis venus de Lille.
On nous offre une part de tarte au Maroilles, spécialité de l'Avesnois où nous nous trouvons, puis une part de tarte au sucre et un café… de quoi bien démarrer l’après-midi !
La famille Cornée a réinvestit cette ferme familiale voilà 25 ans, parce que Jean-Pierre et Chantal avait besoin de ce retour à la terre. Ils s’installent en bio sur 10 hectares avec une activité diversifiée : cultures maraîchères, verger de pommes, quelques animaux… qui correspondait à leur rêve. « Aujourd’hui, me confie Jean-Pierre, si c’était à refaire, je prendrais une surface plus petite et des cultures moins diversifiées… nous avons fait une erreur à vouloir tant de terre, à deux on ne s’en sort pas ».
10 hectares me direz-vous, c’est rien du tout quand on voit les 200 ha de Michel Denize !!
Oui mais voilà, une activité de céréalier ne se compare pas avec le maraîchage ! En effet ce dernier requiert beaucoup de travail, pour une valorisation peu importante ; préparation des terres, semis, désherbage, récoltes et entretien ne sont pas de tout repos contrairement à une monoculture moins exigeante. Et l’activité des Cornée ne s’arrête pas là ; entretien du verger (pour le délicieux jus de pomme), des quelques vaches, poules, oies, lapins… les marchés deux fois par semaine, à Fourmies le samedi et celui de Lille, qui fait se lever toute la famille à 5 heures chaque dimanche… quelle santé !
Après ces week-ends très fatigants, Jean-Pierre et Chantal ont choisi de se reposer un peu le lundi, autant que cela leur est possible. C’est ainsi que nous sommes allés nous balader avec eux en forêt en milieu d’après-midi. Inutile de vous dire que ce genre de balade est plutôt rare chez les agriculteurs… Mais Jean-Pierre nous explique que « quelque soit ce qu’en pense les autres agriculteurs, pour moi, c’est une question d’équilibre. »
Les Cornée sont des êtres de convictions et d’endurance ; ils sont toujours en quête d’autosuffisance et de cohérence.
Ils militent pour préserver les haies et les marres, naturelles sur ces terrains bocagers, auprès des agriculteurs conventionnels qui rasent et comblent dès qu’ils le peuvent pour faciliter le travail des tracteurs. Ils organisent des portes ouvertes festives dans leur ferme et sont toujours en recherche de nouvelles méthodes de production afin de rationaliser leurs efforts tout en préservant l’environnement ; depuis peu, ils testent la méthode « KEIMINGS » qui leur permettrait d’alléger le travail grâce à une meilleure gestion des sols et de leur rendements. Ils verront dans quelques mois si cela est payant.
(Note : nous essayons de trouver des écrits sur cette méthode de façon à mettre la fiche technique en ligne sur le site.)
C’est Clément, le petit dernier de cette fratrie de 4, qui me fait visiter la ferme à notre retour de balade ; ses gestes sont sûrs et je suis impressionnée de les voir, ces mains d’enfant qui connaissent si bien la terre… Rigolo aussi de le voir prendre des poignées de pourpier pour les enfourner dans son bec gourmand ! Du haut de ses 10 ans, lui qui aime cette nature, m’affirme pourtant qu’il ne sera pas paysan « non, agriculteur c’est trop dur »…
Alors quoi ? Être paysan - c’est à dire un être humain appartenant à un « pays », à un paysage - serait devenu une gageure, une utopie, dans ce monde devenu en 50 ans celui du saccage organisé des espaces naturels ?
Peut-être bien, lorsque l’on voit la somme de travail demandée pour un lopin de terre et que l’on cherche le meilleur pour elle… à moins que le temps soit venu pour l’Homme de s’intégrer pleinement dans ce cercle vertueux.
La bio jusqu’à aujourd’hui s’est concentrée sur la préservation - parfois le sauvetage - des écosystèmes, parce qu’il fallait faire face à une marche en avant productiviste sans concession et à une certaine urgence. Tant et si bien qu’il y avait dans cet engagement quelque chose qui relevait presque du sacerdoce.
Aujourd’hui, les femmes et les hommes ont besoin de vivre tout en étant pieds, cœur, et tête dédiés à leur terre …Une agriculture à taille humaine sera seule gage de pérennité des écosystèmes. Elle est en route. Mais tant que ces démarches ne seront pas reconnues au niveau des institutions, les agriculteurs engagés dans cette voie continuerons de porter à bout de bras des territoires protégés.
Le problème est pour les institutions de reconnaître véritablement ces techniques d’avenir. Mais les reconnaître, c’est d’abord avouer que l’agriculture conventionnelle, elle, ne protège ni l’environnement, ni les hommes. Autant dire que ce n'est pas pour demain... Il faudra donc sans doute en passer par des catastrophes écologiques afin que ce soit la terre, qui finalement dise aux hommes, qu’ils se sont égarés.
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