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L’association Parlez Village voit le jour il y a une dizaine d’années sous l’impulsion de quelques familles désireuses de mettre en commun une dynamique artistique, culturelle, sociale liée à leur installation en milieu rural.
Ces jeunes parents ont souhaité dans un premier temps mettre en place pour leurs enfants des activités variées d’expression corporelle et artistique. Puis rapidement, ce projet s’est étendu aux adultes et à d’autres activités.
Un des gros projets mené par l’association a été la fabrication d’un four à pain dans le village de Priez. Grâce à leur réseau, ils retrouvent l’architecture, les matériaux propres à la fabrication traditionnelle du pain. Puis ils font venir Michel Cornet qui a lui aussi fait un tour de France, mais pour confronter les différentes techniques de fabrication du pain, et trouver la sienne. Michel apprend donc à toute la petite troupe à cultiver un levain, puis à faire son pain, sans pétrissage (si, si !!). A l’arrivée, chaque famille est autonome quand à l’approvisionnement en pain, et donc en « base » de l’alimentation quotidienne.
En effet, faire son pain, comme nous dit Evelyne Villiers, Présidente de l’association, c’est finalement se réapproprier son alimentation et faire l’expérience d’une certaine indépendance par rapport à la question alimentaire. Faire son pain, c’est aussi reprendre contact avec le vivant, les principes de la fermentation, la culture d’un levain, la transformation d’une matière vivante en un aliment qui va nourrir la famille, le partage d’un outil commun, le four, lieu de chaleur, de rencontre et de convergence.
Hier matin, dimanche 10 avril, nous avons eu la chance de participer à cette aventure collective. Chacun, à partir de son levain propre, prépare alors sa pâte dès 7h du matin, forme ses boules, puis laisse reposer ces trésors pour quelques heures de fermentation.
Puis vient le moment où toutes et tous se retrouvent au four afin de partager la cuisson. Il est alors près de 14h. Les pâtons enfin levés sont déposés dans l’âtre brûlant dont les briques gorgées de la douce chaleur du feu de bois vont bientôt transformées leur couleur crème en de magnifiques miches de pain croustillant aux reflets dorés et aux nuances caramel.
La transmutation de la farine en pain est décidément emprunte d’un mystère semblable à celui de la création elle-même. Quelle joie de partager ensemble ce moment où les miches brûlantes sont extraites une à une de ce chaudron, chacun repérant l’objet de sa fabrication par les marques figées dans la masse du pain.
Durant ces trois jours, nous avons partagé une veillée de chant chez Yannick et Carole. Ils vivent dans une ancienne église, qui a notamment vu le baptême de Jean Racine, qu’ils ont restauré avec soin et dont l’acoustique se prête merveilleusement aux harmonies polyphoniques.
Le samedi matin, nous nous sommes rendus au marché de Rocourt Saint Martin qui regroupent des producteurs locaux bio et équitable. Consommacteurs et producteurs sont heureux de pouvoir se retrouver dans cette ferme ouverte. A tel point qu’une fois par mois, un repas est proposé, pour pouvoir continuer à échanger autour d’une bonne assiette de produits de la ferme.
Nous sommes le 11 avril, il est 10h et nous quittons Veuilly la poterie dans l’Aisne où Pierre, Bénédicte et leurs trois enfants nous ont accueilli pendant 3 jours. Nous avons chaudement remercié Maitylde, la plus jeune des trois, de nous avoir permis de dormir au chaud dans sa chambre. Le confort du camion restant spartiate et l’absence de chauffage étant un choix plus difficile à assumer dans ses premiers jours de voyage où le temps est encore incertain.
Cette étape nous a mené à des rencontres passionnantes et des échanges riches. Nous goûtons en cette période de sève montante à la beauté de l’humain, à ce qu’il offre de diversité et de volonté de la vivre ensemble. Au moment même où la Nature elle-même commence à nous exposer la sienne.
Notre « maison » roulante est plus lourde des œufs et du pain que nous ont offert Danielle, Louis, Bénédicte et Pierre, de la tulipe et des dessins de Maitylde,du collier de Yaëlle et nous regagnons la route, sillon ondulant sur la terre, avec notre camion jaune, tel un petit globule emprunterait une veine pour rejoindre le cœur.
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