Les portraits de quelques producteurs rencontrés

25/03 - Bernard et Dominique CHARRET
restaurateur - cuisine de vérité
28/08 - Thierry FILIPPI
producteur - cueilleur - confitures et vinaigres en agriculture biologique
24/08 - Alain REAUT
paysan vigneron en biodynamie - producteur de champagne
17/08 - Gérard VERRET
paysan atypique innovant - cuisine à base de plantes sauvages
15/08 - Bernard RONOT
ancien céréalier productiviste reconverti à la biodynamie
14/08 - Association Les Portes Neuves
Permaculture
07/08 - Eliane et Jacques MURITH
éleveur - producteur de gruyère d'alpage
30/07 - GAEC du Pic Bois - Christian – Thierry – Baptiste - Laurence
élevage chèvres et fabrication de fromage - paysan boulanger en semences paysannes
25/07 - Paul KERUEL
Artisan Chocolatier
10/07 - Marc GIARDINI
élevage ovin traditionnel - trufficulture - accueil
28/06 - Association Terre et Humanisme - Pierre RABHI
Pratiques agro-écologiques et solidarité internationale
24/06 - Association KOKOPELLI
protection de semences potagères de variétés anciennes
19/06 - Anne-Marie LAVAYSSE
Paysanne - vigneronne en biodynamie
11/06 - François TOURRENT
éleveur de vaches gasconnes en estives - vente directe à la Ferme
31/05 - Jackie GUILLEMET
domaine de réinsertion sociale par la terre en biodynamie
26/05 - Jacky DUPETY
agriculteur sur B.R.F. (bois raméal fragmenté)
17/05 - Nicolas Lagoueyte / Maité Goienetxe / Bernadette Oillarburu / Mixel Berhocoïrigoin
agroécologiste boulanger / Animatrice association BLE / Eleveuse productrice de fromage Ossau Iraty / Président de la chambre d'agriculture dissidente
11/05 - Hugues et Marie-France LATASTE
éleveur - fromager
05/05 - Gilles BERNIER
Paludier indépendant
02/05 - Scarlette LE CORRE
marin pêcheur - produits de la mer
27/04 - Suzanne Dufour - Joseph Cabaret - Alain Delanoe
élevage laitier durable - poulets Label
25/04 - Nicolas SUPIOT
Paysan Boulanger - semences paysannes
21/04 - Thierry et Cécile HERMELINE
Paysan Boulanger biologique
21/04 - Hubert COUPART
élevage laitier - ex-agriculteur productiviste reconverti au durable
20/04 - Nicole et Jean-Louis LEFRANCOIS
Elevage laitier – fabrication de fromage - traction animale
19/04 - Perche Activités (Pea)
Jus de fruits - Techniques industrielles et technologies appropriées
13/04 - François DI NUNZIO et Sylvie DELANNOY
Apiculture - maraîchage - boulangerie - le tout en bio !
11/04 - Jean-Pierre et Chantal CORNEE
Maraîchage biologique
08/04 - Parlez Villages
05/04 - Georges TOUTAIN
Agroécologiste - pré-verger - manse horticole d'insertion sociale - potager
04/04 -

HACKED BY Cyberhackerteam

02/04 - Philippe CACCIABUE
Polyculture - élevage - coopérative de consommateurs
01/04 - HACKED BY Cyberhacker7 (Cyberhackerteam)
HACKED BY Cyberhacker7 (Cyberhackerteam)
29/03 - Michel DENIZE
Céréalier Bio
Bernard RONOT
Ferme RONOT
Chazeuil (21)
 
ancien céréalier productiviste reconverti à la biodynamie
 
un 15 Août 2005...

Dans les légendes, il y a souvent un vieux sage à longue barbe blanche appuyé sur sa canne, prêt à partager sa connaissance avec le héros qui fera le chemin jusqu’à lui. L’agriculture aussi a ses sages. Nous en avons rencontré un au milieu de la plaine céréalière de Dijon, à Chazeuil. Le village est typique de cette région où les fermes se
côtoient dans la rue principale. Les murs de pierres blanches renvoient le soleil d’une journée d’août. Bernard et Renée Ronot font partie de ces agriculteurs d’après-guerre qui ont connu toutes les révolutions. Les tracteurs remplaçant les chevaux et la charrue, les engrais chimiques et les pesticides, l’intensification et la spécialisation qui ont conduit des régions entières à ne pratiquer qu’une activité, porc en Bretagne, élevage en Limousin, céréales dans la Beauce…
Bernard se rappelle avec émotion le retour à la ferme familiale que lui imposa son père à 16 ans, malgré des résultats scolaires prometteurs. « Je peinais derrière la charrue parce que je n’étais pas grand et que je recevais des coups. La motorisation, ça a été la révélation de ma jeunesse. » Lorsque les engrais chimiques font leur apparition, recyclés des stocks d’azote militaire, les rendements doublent mais ces intrants carencent tout de suite le sol en oligo-éléments, entraînant un cercle
vicieux où le fongicide vient répondre aux conséquences
de l’engrais, l’herbicide aux conséquences du fongicide, et
l’insecticide aux conséquences de l’herbicide. « Le processus depuis l’ammonitrate, vous voyez ce que ça a entraîné. Et maintenant, on retrouve des pesticides dans l’air, dans nos verres et dans nos assiettes. » Les agriculteurs dépendent alors de cet arsenal chimique « moderne » qui remplace la connaissance, le savoir-faire et la main-d’oeuvre.
Puis vient le temps de l’intensification ; la ferme, qui produisait du gruyère dans un système de polyculture et d’élevage, bascule vers la viande avec des bêtes de 18 mois « poussées » à l’ensilage alors qu’il fallait trois ans pour faire un boeuf auparavant. Ensuite, Bernard abandonne l’élevage pour la monoculture de céréales. À 55 ans, après avoir brièvement repris des études, il s’interroge sur le sens de son métier : « Je n’avais jamais pensé jusqu’alors qu’il consistait à dégager une
énergie, l’énergie alimentaire ! J’étais un paysan, je livrais à la Coop, on me donnait mon argent, c’est tout, je travaillais sans me poser de questions. Soudain je me suis dit que j’étais là, sur terre, avec la terre, pour nourrir les hommes. Quelle énergie alimentaire donnes-tu à l’homme ? Je ne me suis plus senti bien du tout. »
Bernard, bouleversé et incapable de poursuivre son activité
dans les mêmes conditions, s’intéresse dès lors à l’agriculture biodynamique, soutenu par Renée qui en avait assez de voir couler des produits de toutes les couleurs dans son jardin. Il suit un stage de quelques jours dans le Cher et apprend la vie de la terre, la vie de la plante, la vie des hommes. « Le stage terminé, nous étions convaincus mais comment faire ? Je dois avouer que nous avions, ma femme et moi, atteint les limites de nos connaissances. Tout ce que j’avais appris jusque-là, je
me rendais compte, à 55 ans, que je l’avais perdu… Quand
vous avez tout perdu comme ça, quand vous n’avez plus rien
qui vous attache, il se passe quelque chose qu’on ne peut
pas expliquer, une sorte d’intuition… Soudain, tout devint
clair dans mon esprit. Premièrement, il fallait reconvertir la ferme. Deuxièmement, la rendre viable. »
L’entreprise est difficile les premières années car il n’existe pas encore de filière organisée pour la vente de céréales en biodynamie, et encore moins de modèle à suivre ! « Pendant dix-huit mois, on a vidé les caisses, on n’avait plus d’économies, à tel point qu’on se retrouvait, comme quand on était jeunes paysans, à se demander comment on allait régler les factures. Moi je me décourageais un peu mais ma femme savait que nous n’avions pas fait tout ça pour rien et pressentait que nous profiterions un jour des fruits de notre travail. » Progressivement, des contacts s’établissent et des
Belges achètent les premiers camions de blé. Au bout de
dix ans, la ferme Ronot sort un premier bilan positif. « C’est cette année-là qu’Alain, notre fils qui était en Suisse, après s’être assuré que la ferme était viable, a émis le souhait de revenir ! C’était une joie pour nous de passer la main, et un soulagement de savoir que notre ferme ne retournerait pas à l’agriculture chimique. »
Aujourd’hui retraité, Bernard est plein d’une belle vitalité et s’investit dans le réseau Semences paysannes afin de retrouver, de sélectionner et de multiplier des variétés anciennes, adaptées à son terroir et au patrimoine génétique plus riche et évolutif que les semences modernes rendues à moitié stériles par une hybridation forcée. Il intervient dans toute la France pour partager son témoignage. Le fait d’avoir vécu de l’intérieur une agriculture chimique et intensive, d’en
avoir compris les limites et d’avoir pris la direction opposée permet aux Ronot d’affirmer avec conviction leur choix d’une agriculture vivante et naturelle.
« C’est ainsi que j’ai compris que je devais vraiment devenir un paysan. Moi qui refusais d’en être un, il a fallu que j’expérimente l’agriculture chimique pour, après en avoir pleinement fait le tour, dire non et savoir pourquoi je disais non. Vous savez, on ne regrette pas d’avoir connu le temps du productivisme, sans cela, on n’aurait jamais su ce que cela voulait dire que d’être des paysans, sur la terre, pour nourrir les hommes. »

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