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C’est sur l’invitation de Laurence à présenter le spectacle à la ferme du Pic-Bois, que nous arrivons ce 29 juillet à Torchefelon, près de Bourgoin Jaillieu.
Nous sommes à quelques centaines de mètres de l’Autoroute A48 et pourtant, il y a bien ici une ferme, 8 personnes qui y vivent et un trésor (parmi d’autres)… une fontaine d’eau de source dans la cour.
Nous pensions avoir été invités pour les journées portes ouvertes de la ferme, or ces deux journées de fêtes ne seront consacrées qu’à remercier la grosse trentaine d’amis et parents venus leur prêter main forte le premier week-end de mai… pour les vraies journées portes ouvertes ! Et cela fait dix ans que cela dure ! Nous n’étions pourtant pas au bout de nos surprises.
Mais permettez… Nous allons d’abord faire un petit retour dans le temps…
C’est l’histoire de trois jeunes gens, étudiants en école d’ingénieur agronomes. Les sorties sur le terrain sont nombreuses et leur permettent de pratiquer différentes organisations agricoles. De temps à autres, Laurence, Christian et Cécile blaguent : « à force, plus tard, on deviendra paysans ! ».
La formation s’achève et pendant cinq ans chacun fait ses expériences professionnelles. Mais rester technicien agricole ne leur convient pas vraiment. Ils ont décidément un sacré besoin de terre ! La blague se transforme bientôt en envie, l’envie en besoin, le besoin en réalité : devenir paysan !
Christian et Laurence s’associent et partent en recherche d’une ferme pour accueillir leur projet.
Un détour par le Québec… où ils avaient fait un stage agricole il y a quelques années… et quelques kilomètres plus tard, les voici en Isère, à Torchefelon. Nous sommes en 1995 et à la vue de cette ferme adossée à l’autoroute, Laurence affirme que jamais ! oh grand jamais ! elle ne s’installera là. Mais c’était sans compter sur la volonté farouche des anciens propriétaires d’alors, Firmin et Madeleine Vittoz, de transmettre cette ferme à des paysans !
Pas question pour eux que la ferme familiale devienne une maison secondaire ouverte trois semaines dans l’année. La ferme, à l’époque, ce sont 20 hectares de terres cultivables, 30 chèvres, les outils, l’habitation, la clientèle d’habitués, les conseils de Firmin et… la source ! Tout est prêt pour une nouvelle vie. Difficile alors de ne pas craquer !
Nos compères s’installent donc sur la ferme qui, reste du Québec aidant, prendra le nom de « Pic-Bois », comme l’oiseau qui tape l’écorce des arbres avec son bec.
Les Vittoz organisent alors une journée portes ouvertes afin de présenter les jeunes arrivant à la clientèle de proximité et passer ainsi le relais. Cette journée de transmission permettra à nos deux néo-ruraux, Christian et Laurence, d’entrer en contact avec les habitués du lieu et d’être intégrés en douceur, ce qui, comme chacun sait, n’est pas si évident en milieu rural.
Depuis dix ans, la santé du GAEC du Pic-Bois est florissante à tous niveaux : le troupeau de chèvres ainsi que les deux familles se sont agrandis et bientôt, la bonne santé financière permet d’envisager la création d’un nouveau poste. Ce sera Thierry, le compagnon de Laurence, jusqu’alors électricien, qui viendra enrichir le GAEC.
Au début, je vous parlais de trois jeunes gens : cette troisième personne, c’est Cécile, la compagne de Christian. D’abord attirée par l’idée de s’associer au GAEC, elle choisira, au moment d’accueillir un troisième associé, de garder son travail d’enseignante. Celui-ci lui convient bien et lui permet de garder une activité extérieure à la ferme et donc un certain recul aussi. Eh oui, il est vital de trouver le bon équilibre pour ces deux familles vivant sous le même toit.
Avec cette nouvelle arrivée, le temps de travail est mieux réparti et les vacances aussi… Avec le temps libéré, ils décident de diversifier l’activité de la ferme. La fabrication du pain fait alors son entrée et un peu plus tard, la rencontre lors d’une conférence avec le réseau « semences paysannes » les décidera à devenir « paysan-boulanger » ; du champ au fournil, afin de maîtriser également leurs semences et leurs cultures en agrobiologie.
Entre temps, ils avaient accueilli leur premier stagiaire, issu de la même école d’agronomie… Patatra !!! Quelques années plus tard, lorsqu’ils décident de faire rentrer une quatrième personne dans le GAEC, ce sera lui, Baptiste, qui s’y collera.
Cette évolution du GAEC n’est pas un miracle. Ce que je n’ai pas dit, c’est que tout leur lait est transformé en fromage par leurs soins et vendu en direct, qu’ils sont autonomes au niveau de l’alimentation du troupeau et que la valorisation de toute leur matière première, lait et céréales, en produits transformés, fromage et pain, leur permet de garder la valeur ajoutée pour eux plutôt que de la vendre au rabais à des intermédiaires.
Cette valeur ajoutée et une organisation rigoureuse même si conviviale leur permet de s’engager pleinement à la Confédération Paysanne où ils défendent l’agriculture qu’ils pratiquent, paysanne et digne, et développe la réflexion et des actions autour des Semences Paysannes et de la lutte contre les OGM.
Incroyable mais vrai ! En dix ans, le GAEC du Pic Bois a su conserver une clientèle locale et fidèle grâce à la vente à la ferme, faire la place petit à petit à deux nouveaux associés, permis à deux et bientôt trois familles de vivre, garder le lien avec les précédents fermiers, avoir des journées de travail qui se terminent régulièrement vers 18h, partir en vacances trois semaines par an et s’assurer des revenus supérieurs au SMIC !
Sans compter que le lien avec les habitants des villages à proximité de la ferme est très important pour eux et qu’ils l’entretiennent de belle manière avec des journées portes ouvertes qui ont réunies cette année près de deux mille visiteurs. Ils éditent également une petite feuille de chou : « l’écho du Pic-Bois », afin de créer et entretenir un lien avec les consommateurs. Ce « bulletin d’information paysan et rural sans prétention » comme ils disent a une périodicité aléatoire mais bien réelle et les clients de la ferme l’attendent pour certains avec impatience !
Nos quatre compères sont également très attachés à entretenir une dynamique artistique et culturelle autour de leur ferme mais aussi à chanter, rire, danser, manger et rire, rire, rire… un vrai bonheur !
Quand à moi, sous le vieux châtaigner, j’ai raconté l’histoire d’un paysan qui allait à la rencontre de son rêve… Les plus jolies histoires ne sont pas forcément imaginaires…
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