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Paul Keruel est un maître chocolatier un peu particulier… Nous avons retrouvé sa trace par hasard, à Crest, dans la Drôme, alors que nous visitions le marché local.
La devanture de son « atelier du chocolatier » éveille notre curiosité et nous décidons d’entrer sans nous douter une seconde que cette visite allait changer à jamais notre relation au cacao !
Le plus étonnant, c’est que comme par hasard, nous venions de lire un article dans le magazine « Silence » sur un fameux chocolatier en Drôme ! Crest se trouve dans la Drôme, il y a un logo AB sur la devanture de l’atelier… Se pourrait-il que ce soit ce chocolatier-là ? Plus rien ne nous étonnant après 4 mois de voyage, nous franchissons la porte et nous voilà débarqués à fond de cale dans ce qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un bateau en bois.
Nous faisons le tour du lieu, les yeux grands ouverts, puis au bout d’un moment, la surprise passée, nous décidons d’aller causer au bonhomme, là, derrière le comptoir…
Les parents de Paul étaient épiciers en gros à Saint-Nazaire. Très tôt, il a été imprégné de ces visions de port et de bateaux qui arrivent. Déjà, il rêvait de la route des épices et du cacao qu’il imaginait à fond de cale.
Impressionné par les épices, il se consacre dans un premier temps à la cuisine et à la littérature jusqu’au jour où… il découvre, lors de ses pérégrinations littéraires, une usine de produits de laboratoire de pâtisserie à Toulouse. Et là, il se retrouve nez à nez avec une fontaine de pâte d’amande qui coulait sans fin… Pour lui, c’est le déclic ! Le besoin absolu de fabriquer !
Il créé alors à Aix en Provence une société au nom de « Confits de Provence », et il commence à apprendre, seul. C’était il y a 30 ans.
Paul est un autodidacte. Il a beaucoup travaillé, cherché, innové, récolté de nombreux prix, inventé les confitures sans sucre, les confiseries aux plantes et aux fleurs, la glace à la lavande et excelle dans le chocolat.
Puis vient l’âge de la retraite où il s’installe à Crest, dans la Drôme, près de ses enfants.
L’histoire aurait pu s’arrêter là. Elle était déjà belle et reflet d’une vie bien remplie.
Pourtant ce n’est que le préambule d’une nouvelle histoire…
Ce que j’ai oublié de vous dire, c’est que Paul est également sculpteur. Il travaille le bois et la pierre et bien évidemment, lorsque arrive à la retraite, on n’abandonne pas facilement ce genre d’activités. C’est ainsi que le gars Paul installe un atelier de sculpture au rez-de-chaussée de sa maison et se met à travailler le bois et la pierre, savourant les premières heures d’une retraite bien méritée.
Bientôt pourtant, la famille, les enfants, les petits-enfants, le goût du chocolat, reviennent à la charge et les : « grand-père ! tu pourrais pas nous faire des chocolats ! » deviennent quotidien !
Comment un grand-père peut-il refuser une telle demande à ses petits-enfants ?
Eh bien justement, il ne refuse pas, et bientôt, son atelier de sculpture prend vite des accents cacaotés, et de douces effluves finissent par gagner la rue, et attiser la curiosité des passants.
Les plus téméraires d’entre eux iront vite jusqu’à taper à la porte pour savoir si cet atelier vend en plus de fabriquer…
Vous avez deviné la suite…
A partir de là, cet atelier « clandestin » va très vite devenir l’actuel bâteau de bois aux odeurs épicées au travers duquel Paul Keruel, qui entame une nouvelle vie, réalise ses rêves d’enfants.
Son origine bretonne, ses souvenirs de bateaux chargés d’épices, vont vite donner naissance à ce projet de chocolaterie un peu particulière.
Il fait venir du mélèze des montagnes proches, le fait couper de façon traditionnelle dans la longueur de l’arbre, et dispose les planches tête bêche le long des murs dans la pièce centrale où sont entreposés les chocolats. C’est cette pièce que nous découvrons d’abord en entrant dans l’atelier. Bientôt, nous progressons sur la coursive au bois craquant, qui mène à une cale aux épices dans laquelle sont entreposées sur des étagères en bois, des bocaux colorés et odorants. Dans cette cale, on découvre même dans l’ombre d’une petite salle, un esclave africain et un petit texte qui nous rappelle avec justesse l’histoire douloureuse du cacao et de la route des épices…
Du fond de la cale nous parviennent alors des bruits étranges, des cris d’oiseaux…
Une ouverture sur la gauche éveille notre curiosité. Il semble que les bruits viennent de là. Nous pénétrons alors dans ce qui ressemble à une forêt équatoriale… des sculptures, des oiseaux, et des hommes qui portent des sacs remplis de cabosses, le fruit du cacaoyer. Paul nous expliquera plus tard qu’on les appelle les planteurs.
Nous quittons la forêt, réempruntons la coursive pour déboucher bientôt dans une salle aux sculptures impressionnantes. Des ardoises nous donnent des indications sur l’histoire du cacao et du chocolat, des épices, des conquêtes et du commerce. On découvre également sur une ardoise que Paul n’utilise aucune matière grasse végétale, ni n’ajoute de lait ou de crème à ses chocolats. Il nous expliquera que vendre du lait ou de la crème au prix du chocolat s’apparente pour lui à du vol et qu’il ne souhaite pas pour sa part s’adonner à de telles pratiques… Le chocolat, c’est du cacao, du beurre de cacao, et du savoir-faire. C’est tout !
Cette plongée dans l’histoire du cacao, belle et douloureuse, est fondatrice dans les pratiques artisanales de Paul. Il créé avec l’association Minga une micro-filière de commerce équitable avec quelques planteurs de cacao et, de la même façon qu’il a sélectionné des planteurs qui travaillent en bio, il se fournit également en bio pour tous les autres produits, épices, fruits et fruits secs dont il a besoin pour la fabrication de ses « intérieurs » de chocolat. Il sélectionne également ses fournisseurs de fruits biologiques aux quatre coins de la France et travaille en direct avec eux.
Ici, le travail est artisanal et le peu de machines présentes dans l’atelier n’interviennent que pour les tâches répétitives et pénibles pour lesquelles la main de l’homme n’apportent aucune valeur ajoutée comme le long brassage du chocolat.
L’atmosphère de son atelier est paisible et Paul nous explique que cette relation équitable, il la recherche également avec ses employés. Ses belles rides, son sourire, son plaisir à faire ce qu’il fait nous laisse deviner qu’il n’a pas attendu son atelier du chocolatier pour entretenir des relations équitables, ou tout simplement humaines avec les autres…
Comme souvent dans ce voyage, les rencontres les plus courtes ne sont pas les moins intenses et nous quittons Paul avec un petit pincement et la certitude aussi de le recroiser sur notre route un jour ou l’autre… Nous emmenons avec nous un petit sac avec quelques gourmandises chocolatées. Une fois de plus, la preuve nous est donnée qu’il est possible de conjuguer la responsabilité et la convivialité.
Gourmands, amoureux du chocolat, pas besoin de vous faire un dessin… Prenez vos jambes à votre cou, votre vélo, votre patinette, en dernier recours votre voiture si vous êtes loin, et embarquez donc à bord de ce navire cacaoté qui flotte, quelque part, au cœur de Crest, dans la Drôme.
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