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Un lundi 4 avril, à Grémevilliers dans l’Oise
Que dire… Ce matin-là, nous ne nous attendions pas, au détour d’une route de l’Oise, à découvrir cette petite exploitation toute droit sortie d’un conte pour enfants.
La veille, nous téléphonions à François pour confirmer notre arrivée. Il nous avait préparé un petit programme, lui permettant de nous présenter son activité tout en avançant son travail.
C’est à 9h30, au bout du chemin de la croix, à Grémevilliers, que nous découvrons une petite maison en brique qui déjà, nous donne un sentiment d’ailleurs. La maison est entourée de deux serres, d’une plaine cultivée, d’un herbage et de hangars à matériel. L’ensemble présente une cohérence harmonieuse. Une exploitation à taille humaine où l’on sent que l’homme lui a apporté une touche très personnelle au fil des années.
François nous accueille et nous amène tout de suite, sous un temps maussade, à la découverte de son exploitation maraîchère. C’est par goût de la terre que François prend la suite de son père parti en retraite il y a 25 ans.
L’exploitation fait 10 hectares. Une plaine où sont cultivée du blé, des pommes de terre, des légumes. Deux serres pour assurer une production dans l’entre-saison et où sont cultivées les légumes plus fragiles. Cela fait trente ans que François travaille en bio, avant même que l’agriculture biologique soit reconnue. Il considérait alors impossible de poursuivre son activité maraîchère en utilisant les produits chimiques et en étendant ses surfaces cultivées comme c’était et demeure encore l’usage aujourd’hui. En tout cas, François et sa femme Rosine ont choisi à ce moment-là de se démarquer de cette logique « chimique » pour se consacrer à une agriculture respectueuse de l’environnement. Ils rejoignent le mouvement Nature et Progrès, précurseur du Bio, et développent rapidement une clientèle en vente directe sur les marchés.
François est un paysan comme on les décrit dans les romans, besogneux, pudique, digne. Il est père de trois enfants, deux garçons et une fille. Les deux plus grands étudient et ne regagnent la maison familiale que le temps des week-ends et des vacances. Le plus jeune, Stéphane, qui termine le collège, est le seul à vivre encore toute la semaine à la maison. Il s’apprête à entrer en lycée agricole à Amiens et entend bien prendre la suite de son père sur l’exploitation familiale.
Cela fait cinq ans maintenant, depuis la mort de sa femme Rosine, que François tient l’exploitation seul, soutenu par ses enfants. Les premiers temps, suite à cet événement douloureux, François se réfugie dans le travail pour ne pas sombrer. La ferme et la famille, qui reposent sur ses seules épaules, ne survivraient pas à un excès de faiblesse. La charge de travail jusqu’alors supporté à deux lui incombe maintenant seul et la maison qui n’a jamais été terminée en témoigne. On ne peut pas être à la fois aux champs et à la maçonnerie.
Cela n’empêche pourtant pas François de faire face. Les journées sont longues, les vacances un rêve inaccessible, les week-end… quels week-end ?
Nous nous mettons finalement au travail dans les serres après le repas de midi et François nous montre comment repiquer les jeunes pousses en pleine terre. Nous repiquons donc à trois, quelques rangées de blettes et d’épinards.
Ensuite, François nous amène derrière ses hangars pour semer et préparer les mottes qui dans quelques jours seront repiqués à leur tour sous les serres.
Il nous fait visiter ses hangars à matériel, sa chambre froide où nous découvrons son matériel de marché : une vieille balance à poids « oui c’est pas mon truc l’électronique, et puis j’en rajoute toujours un peu plus pour le client comme ça. ». Nous découvrons également ses ardoises avec les prix de ses légumes et nous sommes très surpris des bas prix pratiqués par François. 1 euros le kilo de pommes de terre ; 1,5 euros le kilo de pissenlit ; 1,5 euros la betterave crue ; 1 euro la salade… « J’ai jamais été très bon commerçant ! Moi ce qui compte, c’est que le client soit content et qu’il ait de bons produits ! ».
Quand on voit la somme de travail que demandent tous ses légumes, nous restons abasourdi par les prix que François pratique. On l’encourage alors à augmenter ses tarifs et lui assurons que sa clientèle, fidèle depuis de nombreuses années, ne cillera pas devant cette augmentation. La modestie de François le laisse perplexe face à nos encouragements. Nous lui proposons de faire le test au prochain marché et de nous écrire pour nous tenir au courant de la réaction de sa clientèle !
10 à 15% de plus pour François, c’est la possibilité de prendre un ouvrier agricole une demi-journée ou une journée par semaine, lui permettant de se libérer et de vaquer aux autres tâches pour lesquelles il aimerait trouver du temps : finir sa maison, ranger ses hangars, et puis prendre un peu de temps pour jouer de la musique, pour lire…
En tapant ces lignes et en écoutant le son de sa voix sur les enregistrements réalisés ce jour-là, je suis pris d’une vive émotion.
Nous avons passé 24 heures avec François. Il nous a accueilli avec beaucoup de sympathie et nous avons pu échanger longuement sur des sujets aussi divers que personnels, voire intimes. Comme il nous a dit « c’est pas si souvent qu’on peut discuter comme ça. Pour une fois, les champs attendront ! ». Nous gardons ces moments précieusement avec nous, en nous, conscients d’avoir partagé un morceau d’humanité rare, avec toute la simplicité qui caractérise cette condition humaine. 24 heures qui nous auront marqué pour longtemps.
Au moment où dans les salons feutrés on parle de « remettre la France au travail », on est bien obligé de constater que toute une frange de la population, sans doute la plus paupérisée, n’a tout simplement jamais cessé…
Vous pouvez retrouver François Dreumont et ses beaux légumes tous les samedi matin sur le marché de Beauvais. Saluez le bien de notre part !
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