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Notre investigation dans le réseau agriculture durable, essentiellement regroupé en Normandie et Bretagne, nous amène jusqu’au GAEC* des 3 sources, à Hillion.
Nous arrivons le 27 avril en fin d’après-midi chez Suzanne Dufour et Joseph Cabaret, à Carmoën, afin de découvrir cette ferme d’élevage laitier.
Nous sommes accueillis à notre arrivée par Joseph, dans son tracteur, et Alain, associé au GAEC, qui ramène les vaches du pré pour la traite. Ca tombe bien, on va voir comment ça se passe !
Nous voyons donc débarquer une cinquantaine de vaches Holstein, qui rejoignent d’un bon pas la stabulation (les étables) avant de passer à l’atelier de traite.
Joseph nous rejoint bientôt, et nous raconte ce qui les a amenés à réformer leurs pratiques et à passer d’un élevage intensif à une démarche « durable ». Il commence par nous raconter l’histoire de René Bodigel, agriculteur à Muzillac, dont le témoignage l’a beaucoup touché pour en arriver enfin à son propre cheminement.
Lorsqu’il reprend la ferme familiale, Joseph est un jeune homme plein de fougue… son objectif : faire « cracher » la terre . un peu choquant comme terme je vous l’accorde, mais il faut s’imaginer Joseph nous parlant de cela avec 30 ans de recul et le sourire sous la moustache. Quel coquin !
Le déclic s’est réellement produit pour lui lorsqu’il a prit conscience que le fonctionnement de sa ferme nuisait à l’activité d’autres producteurs, en l’occurrence, les conchyliculteurs du bord de mer. Le problème des algues vertes et de la pollution des eaux étant directement lié à de mauvaises pratiques agriculturales, il est rapidement devenu insupportable pour Joseph de savoir que sa manière de faire empêchait d’autres personnes de travailler. Il devenait alors nécessaire, urgemment, de changer de pratiques.
Dans le même temps, Suzanne, sa femme, prenait des responsabilités au CEDAPA** dont la Présidence se trouvait vacante. C’était la période du sommet de la terre à Rio, en 1991, et Joseph nous explique que la tenue de ce sommet, même s’il n’est pas directement à l’origine de leur prise de conscience, a tout de même contribué à leur apporter le courage suffisant pour cette profonde remise en question.
Joseph, hilare, nous explique également quel était alors son état d’esprit. Il savait qu’il devait changer mais trouvait tous les prétextes pour se faire dire que ce n’était pas possible ! Il a même été un jour à une réunion du groupe agriculture durable avec tout un tas de questions préparées par avance pour « piéger » ces écolos irréalistes … à la fin de la réunion, Joseph n’avait pas posé la moindre de ses questions, se rendant compte à quel point il était à côté de la plaque et que, cette fois c’était sûr, il fallait affronter la remise en question.
Le chantier lui paraît alors vertigineux. Au bout de quelques mois, après avoir remis à plat le fonctionnement de la ferme, transformé totalement les étables, il se rend compte qu’il n’a pourtant fait qu’effleurer le problème et que la transformation doit être beaucoup plus profonde.
La reconquête d’une certaine autonomie et d’une cohérence entre leurs aspirations et le fonctionnement de la ferme est longue. Ils s’associent bientôt en GAEC avec Alain Delanöe, éleveur de poulets label rouge de façon à diversifier leurs productions puis s’associent avec d’autres éleveurs laitiers « durables » pour transformer leur lait collectivement et le valoriser au travers d’une gamme de produits laitiers de qualité : « Terre et Ciel ».
Comme nous dit Suzanne, il est essentiel de distinguer son lait du lait conventionnel car sinon, à quoi bon faire tous ces efforts pour atteindre une meilleure qualité gustative et environnementale, si c’est pour qu’il se noie dans les mêmes cuves que les éleveurs productivistes !
La route est longue et semé d’embûches… En effet, lorsque nous demandons à Suzanne comment sont élevés les poulets Label Rouge, elle nous apprend, dépitée, qu’ils se battent en ce moment pour que les poulets reçoivent de la nourriture sans OGM. L’intégrateur, c'est-à-dire le groupement qui vend aux éleveurs les poussins et l’alimentation qui va avec, donnait par défaut de l’alimentation OGM, et lorsque Suzanne a fait la demande, la réponse a été : « d’accord mais on vous soustraira la différence sur les poulets vendus » ! Tifenn et moi sommes atterrés : « Quoi ! L’éleveur paie plus cher pour une alimentation normale que pour des aliments OGM !!! C’est un scandale ! ».
Nous étions déjà sous le coup d’apprendre que des poulets Label provenait d’un intégrateur et que les éleveurs n’étaient plus finalement que des ouvriers agricoles travaillant pour des groupes à engraisser des poulets avec des aliments tout préparés. Alors apprendre que l’alimentation contient des OGM (et que ce n’est pas noté sur l’étiquette du produit fini) et qu’en plus, lorsqu’on veut du non-OGM il faut payer ! C’est un comble.
Que les actionnaires soient tranquilles, les dividendes continueront de progresser… aux dépends de la paysannerie, des artisans et des consommateurs.
Enfin, comme il en faut plus pour nous déstabiliser, nous poursuivons la discussion autour d’un verre de Pommeau maison puis dégustons une bonne omelette avec plein d’échalottes (Joseph adore les échalottes). Après cette belle discussion et une bonne nuit de sommeil dans la cour de la ferme, nous quittons Suzanne et Joseph pour de nouvelles rencontres. Direction Saint-Quay Portrieux et ses belles coquilles Saint-Jacques…
Pour contacter le GAEC des 3 sources et les produits Terre et Ciel : Tél > 06 71 99 38 64
*GAEC : Groupement Agricole d'Exploitation en Commun
Les GAEC ont pour objet la mise en valeur en commun des exploitations des agriculteurs associés. Ils peuvent également avoir pour objet la vente en commun du fruit du travail des associés.
** CEDAPA : Centre d'Etude pour un Développement Agricole Plus Autonome.
- Le Cedapa organise des groupes d'échanges locaux , des journées de formation sur des thèmes économiques et techniques, des voyages d'études (une fois par an, en septembre). L'objectif : avancer ensemble, en échangeant les expériences et les points de vue, en se confrontant aux autres.
- Le Cedapa suit sur des bassins versants des fermes engagées dans un système à base d'herbe. Ces fermes servent de supp ort à des démonstrations de pratiques plus respectueuses de l'environnement (désher bage mécanique, fabrication de compost…).
Une façon de montrer qu' une autre agriculture est possible.
- Les techniciens du Cedapa assurent également un appui individuel aux agriculteurs signataires du cahier des charges "réduction d'intrants" ou du contrat territorial d'exploitation (CTE) du Cedapa (diagnostic de l'exploitation, prévisionnel et bilan de fumure, mise en application du cahier des charges)
Contact : CEDAPA, 2 av. du Chalutier Sans Pitié BP 332 - 22190 PLERIN cedex - 02.96.74.75.50 - cedapa@wanadoo.fr
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