|
Vers une démarche Ecorégionale…
« Le concept de l’écorégion »
ou
« Comment restaurer le système immunitaire des régions »
Auteur : Emmanuel BAILLY (avril-mai 2005)
L'étude complète est disponible en téléchargement au bas de cette fiche (document de 1Mo au format PDF - 124 pages)
1- La souveraineté alimentaire, un droit à recouvrir
A l’aube du XXIè Siècle nombre de régions du monde tentent de reprendre le contrôle de leur territoire afin de réorganiser en interne leur agriculture.
Maîtriser la production agricole afin de subvenir aux besoins alimentaires de la population est un droit fondamental commun à tous les peuples de la planète, un
droit que certaines grandes instances internationales se sont appropriés illégitimement.
«Le Réseau Des Organisations Paysannes et des Producteurs Agricoles (ROPPA), espère l’émergence d’un nouvel espace politique régional permettant de restaurer une souveraineté mise à mal dans les domaines qui intéressent les paysans et, avec eux, tous les citoyens de la sous- région. Le ROPPA demande à l’UEMOA de faire reconnaître à la communauté internationale deux droits fondamentaux :
1. d’une part, le droit de construire un espace économique régional, dans ce cadre, une véritable politique agricole et,
2. d’autre part, le droit à la souveraineté alimentaire définie à l’échelle sousrégionale.
La souveraineté alimentaire doit être reconnue en Afrique de l’Ouest, comme partout dans le monde, comme un volet majeur de la souveraineté nationale ou régionale et comme un droit. »
(Conclusions de l’atelier régional sur la Politique agricole de l’UEMOA, Union Economique et Monétaire Ouest Africaine Ouagadougou, 2,3 et 4 octobre 2001).
Si ces droits ont été bafoués par les grandes puissances et mis à mal les « pays en voie de développement », notamment le continent Africain, les « pays développés »
ont au cours des dernières décennies organisés une telle destruction sur les écosystèmes que les générations futures devront se contenter elles de vivre dans des « pays en fin de développement ».
En effet l’insécurité alimentaire au niveau mondial est une menace pourtant bien réelle, un couperet scintillant dans l’horizon temporel des nations, une arme que certains connaissent déjà, un instrument de la misère guettant la moindre rupture d’approvisionnement, le moindre souffle colérique de la Nature.
2- Une désarticulation organisée des territoires
La libéralisation des échanges commerciaux sur les matières premières agricoles a progressivement organisé une métamorphose des régions du monde et de leur outil
de production. Les accords GATT issues de « négociations commerciales multilatérales » ont progressivement absorbé les denrées agricoles dans l’univers de la libéralisation des échanges et de la libre concurrence.
Dans ce va et vient de flux commerciaux circulant à travers la planète, encadré par une multitude d’accords revisités à chaque nouveau « Round » de l’OMC, une
situation d’extrême fragilité alimentaire a progressivement imprégné chaque région du monde. Au nom de la croissance et de la recherche de bien-être, les pays se sont laissés entraîner dans cette logique de libre échange. Sensée lutter contre certaines discriminations commerciales excluant les pays en développement, l’ouverture des marchés à la libre concurrence a créé une telle dynamique que les régions du monde se sont mise à produire non plus pour répondre aux besoins de leur population mais par réaction à des importations massives de flux dédouanées déséquilibrant leur territoire. La notion de libre de concurrence commerciale sous entend une recherche d’équité entre tous les pays producteurs et appelle nécessairement à la mise en place d’une éthique commerciale, environnementale et sociale respectée par tous les acteurs. Est-ce réellement le cas aujourd’hui ? Dire que des produits sont en concurrence sous entend que ces produits sont identiques en terme de qualité et
apportent le même service aux individus qui se les procurent. Les externalités positives et négatives sur l’environnement et l’individu sont elles prise en compte lors de cette recherche d’équité commerciale ? La libre concurrence n’est-elle pas simplement l’expression d’une pratique commerciale, la somme de malversations
financières humaines et environnementales qui permet à un pays de passer les mailles économiques des pays tiers, de perturber et anéantir l’équilibre de leurs communautés ?
Lorsque la notion de libre concurrence, telle qu’elle est véhiculée au travers de traités commerciaux, se traduit sur le terrain par des injections forcées de services et
de denrées alimentaires étouffant les économies domestiques rurales, l’homme ou qu’il soit dans le monde est en droit de réclamer et de recouvrir sa souveraineté
alimentaire.
Le désenclavement via la création d’axes routiers, la spécialisation des productions pour répondre à l’économie de marché ou bien le remembrement pour mieux
rentabiliser les exploitations agricoles ont complètement déstructurée les régions de France et d’Europe. « Au nom de l’aménagement du territoire s’entrecroisent ainsi
des politiques à différents niveaux qui, si elles ne sont pas regroupées dans des dispositifs globaux peuvent conduire à des incohérences néfastes au regard de
l’aménagement du territoire. »
L’accumulation d’incohérences stratégiques et politiques, l’impossibilité de contrôler les dérives agricoles dans cet infernal capharnaüm ont laissé s’infiltrer dans chaque
chaumière du monde rural les «offres globalisées» du commerce mondial.
Une formidable organisation invisible et indolore, profitant de l’absence de stratégies politiques locales privilégiant les économies domestiques, a tissé sa toile au sein des territoires.
Les conséquences économiques, sociales et environnementales sont innombrables :
1. Valeur des productions soumise aux aléas des cours mondiaux ;
2. Arrivée massive de denrées alimentaires concurrentes sur un territoire ;
3. Désorganisation et asphyxie des circuits locaux et circuits courts ;
4. Organisation d’une dépendance alimentaire du territoire et des citoyens ;
5. Prévention et traçabilité sanitaire impossible à organiser ;
6. Augmentation des flux énergétiques entrants sur le territoire ;
7. Augmentation des émissions de gaz à effet de serre ;
8. Utilisation non maîtrisée et non raisonnée de l’énergie ;
9. Augmentation des déchets et des coûts de traitement par enfouissement et par incinération ;
10. Augmentation des pollutions atmosphériques dues aux transports et à l’incinération ;
11. Augmentation des coûts de traitement de l’eau potable ;
12. Epuisement des ressources hydrologiques ;
13. Perte de la biodiversité et des productions adaptées au terroir ;
14. Disparition d’une économie de proximité, de l’héritage agro-culturel ;
15. Suppression des emplois de service et du tissu rural ;
16. Désertification et exode rural vers les grandes agglomérations.
3- L’espace régional, un lieu de cohérence et de solidarité
Depuis plusieurs décennies, il a été demandé aux organismes vivants de s’adapter à la maladie et de trouver normal que chacun soit malade. Aujourd’hui le politique ne
remet pas en question l’origine et la légitimité de l’alimentation dans les rayons des supermarchés, il discute des modalités de paiement lors de son passage à la caisse et propose des mécanismes de régulation des marchés, des soutiens à l’exportation, des taxes de compensation..
Aversion de la pensée, véritable manipulation internationale, la stratégie de la désorganisation a lentement asséché toute sève de vie rurale, bâillonnée toute tentative de solidarité régionale. Ainsi 15 années ont suffit pour donner au commun des mortels l’impression que l’avenir était perché dans un village interplanétaire et qu’une main invisible déciderait de tout pour tous les citoyens du monde.
Pourtant « dans ce contexte d’une économie ouverte très compétitive et de plus en plus immatérielle ou se multiplient les déséquilibres sociaux, une conception
renouvelée de la politique d’aménagement du territoire se fait jour. Si les économies et les modes de vie consacrent le rôle croissant des villes, l’espace régional devient
politiquement le lieu pertinent pour organiser la redistribution et la solidarité » (Mariejaqueline
Marchand « L’économie de la décentralisation 1999».
L’avenir du monde se trouve dans les régions. La redéfinition d’un système agricole simple basé sur la compréhension et sur la maîtrise de l’offre et de la demande en local est la clef de la résurgence économique domestique pour chaque région du monde. « Il faut oublier la compétition entre agricultures et agriculteurs dont les
conditions de production et la productivité sont trop inégales et favoriser la création d’espaces régionaux et la reconnaissance d’une préférence régionale. Un espace
régional doit être un espace économique, mais d’abord un espace politique et un espace de solidarité. Un espace politique, c’est-à-dire en état d’agir souverainement,
de définir et de conduire des politiques publiques, notamment une politique agricole et de mettre en oeuvre les instruments et mécanismes nécessaires.»
(Intervention lors de l’audition de la société civile Préparation de 11ème réunion ministérielle de la CNUCED Genève, 22 avril 2004 Henri Rouillé d’Orfeuil Président
de Coordination SUD).
Liens :
http://bailly-emmanuel.monsite.wanadoo.fr/
Pièce jointes :
ecoregion2005_E_Bailly.pdf
|