Lettre d'information n°9 - vendredi 17 juin 2005
Rappel de l'épisode précédent (désolé, c'est un peu pareil à chaque fois, mais c'est pour les nouveaux abonnés !) : Tifenn et Frédéric sont partis le 28 mars 2005. Leur voyage, qui durera 6 mois, les mène d'abord sur les grandes fermes céréalières franciliennes, puis vers le Nord, la Basse Normandie et la Bretagne. Après une halte dans les marais salants de Guérande, ils partent à la découverte du sud-ouest, du Lot, de l'Aveyron et de l'Ariège. Ils se dirigent maintenant vers les Pyrénées orientales, l'Héraut et l'Ardèche où de nouvelles rencontres les attendent…
Cette aventure à la découverte de celles et ceux qui se cachent derrière les aliments que nous mettons dans nos assiettes se poursuit. Vous êtes chaleureusement invités à la vivre avec eux…
Ecrit le mercredi 15 juin à 15h sur la route entre Mercus et Perpignan. Nous nous rendons au magasin Nature et Découvertes pour y présenter le spectacle. Tifenn conduit tandis que je tapote sur le clavier du portable. Les paysages qui défilent m'inspirent…
Chères amies, chers amis,
La route continue… Le chemin se fait… Et on s'habitue de plus en plus à cette itinérance.
C'est vrai que l'accueil chaleureux que nous recevons un peu partout nous rend confiant dans notre entreprise. La bienveillance est dans chaque regard. La générosité, de tous les instants.
UNE RESPIRATION POETIQUE Nous avons vu l'herbe pousser, puis se faire couper, faner et sécher avant d'être mise en boule. Nous traçons maintenant notre route à travers ces champs parsemés de ces balles de foin qui ne craignent plus maintenant les intempéries. Elles attendent sagement d'être ramassées et entreposées pour l'hiver, bien à l'abri, dans les granges des quelques milliers de fermes qu'il reste encore en France. Les animaux, une fois rentrés à l'étable après les beaux jours et l'herbe grasse, profiteront alors de ce foin chargé de fleurs en tout genre, qui donnera sa « couleur » à la viande et au lait, en fonction du terroir de la prairie qui, au début de toute chose, a vu l'herbe pousser.
C'est ainsi que saison après saison l'agriculture façonne le paysage, le civilise, afin de nourrir les humains.
Combien pourtant sont encore conscients de ce cycle millénaire ? Combien sont encore reconnaissant non seulement aux hommes et aux femmes, mais aussi à la terre, de permettre encore aux humains, malgré leurs errances et leur soif de domination, d'accompagner encore cette rencontre du soleil, de l'eau, de la terre, et de cette part de mystère qui fait encore monter les larmes aux yeux attentifs et respectueux de tout ce qui nous dépasse dans ce vaste mouvement du vivant. L'homme n'est qu'un maillon qui impulse ce cycle pour assurer sa subsistance. C'est déjà énorme. Pourquoi en vouloir plus ?
Ici, les pieds sur la terre, le sol, les vers de terre en dessous, on prend conscience que les molécules et toute la science de l'infiniment petit ne sont qu'une portion descriptive certes nécessaire mais tellement insuffisante à la compréhension du vivant.
De la même façon que dans une ferme chaque animal a sa place et son rôle, combien de temps faudra-t-il aux humains pour appréhender leur juste place dans un écosystème à la bonne santé duquel ils doivent leur subsistance quotidienne et aussi le plaisir d'être là, sur cette petite boule ronde. Cette planète « oasis », pour reprendre les termes de Pierre Rabhi, perdue dans l'immensité, est la seule à disposer de cette couche de sol, gorgée de vie, fertile, que nous avons appris à ensemencer à travers les âges. A mesure que les sols deviennent stériles par des pratiques « modernes » inadaptées, grandit l'urgence de mettre en cohérence notre technologie et une juste appréhension du vivant, et finalement, de redéfinir un progrès où les humains feraient la preuve de leur humanité…
La poésie qui en ville (nous en sommes directement issus) peut paraître accessoire, fait pourtant partie intégrante du travail de la terre et de sa compréhension. C'est ce que nous découvrons, chemin faisant. On ne peut pas être paysan sans avoir en soi ce champ d'émerveillement, de respect, pour toute la part non maîtrisable du travail qui se fait en coopération avec le vivant.
UNE RENCONTRE AVEC LE PASTORALISME...
Nous sommes donc depuis samedi 11 juin, chez François Tourrent, éleveur de vaches gasconnes en Bio, sur les belles terres montagneuses des Pyrénées ariégeoises. Nous y découvrons la poésie du pastoralisme et de la montée des vaches en estives. Nous y découvrons aussi, et c'est beaucoup plus triste, la mise en sursis de ces pratiques traditionnelles… l'usure des producteurs qui préservent ces savoir-faire dans un climat institutionnel et économique pour le moins hostile… le besoin qu'ils ont aussi de communiquer cette urgence aux consommateurs - aux citoyens ? – qu'ils peuvent entretenir par leurs achats alimentaires la pérennité de ces gestes que la lecture de livres et la visite de musée ne suffiront pas à faire revivre.
Les stations de ski remplacent les pâturages sans concertation, les lacs artificiels qui alimentent les canons à neige réduisent à peau de chagrin les espaces naturels entretenus par les animaux, et c'est toute cette connaissance de la gestion des espaces naturels de montagne qui se perd, fil après fil, comme une pelote dont on verrait aujourd'hui les derniers brins de laine.
Notre tour de France est un parcours d'espoir et de rencontre des possibles. Pourtant, même si nous faisons la rencontre de toutes ces graines semées un peu partout et qui démontrent qu'il n'y a pas de fatalité, il est des moments plus difficiles où lorsque l'on fait face aux difficultés de certains producteurs et aux aberrations d'une agriculture et d'une alimentation déshumanisée, une rage monte au ventre et on ne peut qu'espérer que cette initiative parmi toutes les autres participera à la transformation des comportements et à une prise de responsabilité, en conscience, pour redonner du sens à nos actes quotidiens.
IL Y A QUELQUES JOURS, EN AVEYRON…
Avant cela, rappelez-vous, nous étions en Aveyron : parcours un peu différent parce que sur les 10 jours passés là, nous avons rencontrés peu de paysans. Un détour dans le Lot tout de même pour visiter la ferme de réinsertion sociale par la biodynamie initiée par Jackie Guillemet. Un lieu, une « terre de ressources » comme il aime à l'appeler, qui, avec la reconnaissance des pouvoirs publics, permettra bientôt un accompagnement des personnes « en rupture » grâce au travail de la terre et au soin porté aux animaux de la ferme. Le projet est passionnant, le portrait en cours d'écriture…
Après cela, il y a eu la visite des caves de Roquefort Papillon, qui réalise depuis 1976 une partie de leur production en bio. L'occasion de mieux saisir les réalités de cette AOC particulière où 70 % de la fabrication est effectuée par une seule… société… et dont la zone de fabrication, le terroir, est délimité de façon très précise par une faille géologique qui a donné naissance aux caves et fleurines qui permettent à la fameuse moisissure, le penicillium roqueforti, de se développer.
Le mardi 7 juin, rendez-vous était pris à l'Ecole du Palais à Saint André de Najac, pour une soirée repas et conte. Le succulent repas à base de produits fermiers et bio du coin était concocté par la douce Nelly Cornic, autrefois reine de la crêpe, aujourd'hui chef d'un restaurant pédagogique et néanmoins gastronomique de cuisine naturelle…
Enfin, la visite de la minoterie Marty. Sur un lieu qui a de tout temps abrité des moulins, la tradition est préservée encore aujourd'hui par la famille Marty, qui transforme une partie de sa farine en bio ; l'occasion pour nous de visiter un « moulin moderne » et de comprendre le cycle de fabrication de la farine.
Et voilà, après avoir posé les bases de notre projet de malle pédagogique autour de l'alimentation et l'agriculture durable avec Christian et Djilali du CDDP de l'Aveyron (centre de documentation départemental pédagogique), nous sommes repartis sur les routes du sud…
DIRECTION L'ARIEGE !
A quelques kilomètres de Foix, nous rencontrons François Tourrent.
Il mène ses vaches en Estives et ne pourrait pas faire autrement. Il est en bio et ne pourrait pas fonctionner autrement.
Il parle à ses bêtes, les accompagnent à l'abattoir, parce qu'il « leur doit bien ça ».
Il a l'élevage « dans le sang », l'Ariège au cœur, l'occitan comme compagnon de mot… en ce moment, c'est les foins ; il faut aussi mener les dernières bêtes en montagne, s'occuper du veau malade qui n'a pas prit le « premier lait », réparer le tracteur…et penser à dormir un peu quand même.
Colette, prend soin de sa famille et de nous par la même… midi et soir, le repas est là. La présence est discrète, mais là aussi, le verbe sensible. Belle rencontre. Beaux moments. Des personnes du « pays », du paysage, des paysans.
Dès cet après-midi, nous serons à Perpignan. Le spectacle sera donné pour la première fois dans un magasin… et puis à suivre, les Pyrénées orientales, un musée des légumes anciens, une femme vigneron qui plante des arbres fruitiers dans son vignoble, un conservatoire de semences. Bref, de l'humus à l'humain il n'y a qu'un pas…
Merci de partager la balade avec nous.
A bientôt…
LES PROCHAINS RENDEZ-VOUS :
- Retrouvez-nous samedi 18 juin à Sainte Léocadie dans les Pyrénées Orientales au Musée de Cerdagne. Nous y présenterons le spectacle ainsi qu'un diaporama sur les portraits des producteurs rencontrés.
Cela se passe de10h à 18h. Notre intervention a lieu à 15h45.
- Retrouvez-nous au magasin Nature et Découvertes de Nîmes le 25 juin à 15h30. Spectacle et rencontre !
RETROUVEZ LES PORTRAITS DES PRODUCTEURS :
- Découvrez toutes nos rencontres du pays basque dans un portrait très riche
- Et puis aussi Jacky Dupety qui expérimente une pratique agricole originale sur Bois Raméal Fragmenté (BRF). Technique révolutionnaire qui évite l'irrigation des cultures, l'emploi de produits de traitement et régénère les sols.
1 NOUVEAU CARNET DE VOYAGE A DECOUVRIR avec les citations d'Elisa et Dante PANTONI, producteurs de pruneaux à Saint-Robert (47).
RETROUVEZ LES PRATIQUES AGRICOLES INNOVANTES ET DURABLES :
- l'agriculture paysanne
- l'agriculture sur BRF (Bois Raméal Fragmenté)
LES MEDIAS QUI NOUS SUIVENT : Vous pouvez nous retrouver dans Biocontact et Villages magazine ce mois-ci.
Bientôt sur « surlaplace.tv » le débat qui a eu lieu à Aubin lors de la semaine du développement durable.
C'est tout pour aujourd'hui ! Bien à vous.
Fred et Tifenn
http://www.cheminfaisant2005.net
Retrouvez tous ces rendez-vous sur le site !
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