Lettre d'information n°5 - jeudi 5 mai 2005
Bonjour,
Rappel de l'épisode précédent :
Tifenn et Frédéric sont partis le 28 mars 2005. Leur voyage, qui durera 6 mois, les a d'abord mené sur les grandes fermes céréalières franciliennes, puis vers le Nord, la Basse Normandie et la Bretagne qu'ils s'apprêtent maintenant à quitter. Cette aventure à la découverte de celles et ceux qui se cachent derrière les aliments que nous mettons dans nos assiettes ne fait que commencer. Vous êtes chaleureusement invités à la vivre avec eux …
Et aujourd'hui...
Au moment où nous nous apprêtons à quitter les terres bretonnes, le soleil pointe le bout de son nez, et il est plutôt le bienvenu, car il se fait sacrément attendre le bougre ! Nous voilà donc au terme de nos rencontres Bretonnes, qui furent à la hauteur ne notre appétit de surprise …
D'abord, Nicolas Supiot, paysan boulanger, qui nous a ouvert tout un univers autour de la réalité des semences. Il va sans dire que les semences sont à la base de toute chose puisque sans elles, pas de cultures. Sans cultures pas d'élevage. Et pourtant, il est étonnant de constater que ce secteur est totalement méconnu, y compris par les professionnels de l'agriculture. Ainsi, Nicolas nous a retracé l'historique des semences et leur accaparation par l'industrie. En réalité, pour faire court et être le plus clair possible, il s'agit de comprendre que notre alimentation moderne n'est pas adaptée à l'homme mais que les différentes mutations qu'elle a subies en 150 ans d'industrialisation, sont plutôt le fait de son adaptation aux contraintes de l'industrie.
Prenons l'exemple du blé :
Face à l'émergence des outils industriels, cette céréale a subi des hybridations, lui permettant d'acquérir des caractéristiques de « stabilité » et d' « homogénéité »(voyez comme l'industrie aime ce qui est standard…). Ce travail de sélection s'effectue dans des terres riches, et fortement soumises aux intrants chimiques (produits de traitements des plantes comme les pesticides, herbicides, fongicides, engrais). Ceci, de façon à toujours obtenir les mêmes résultats et à partir d'un sol « propre », sur lequel à terme, plus rien d'autre ne pousse.
Sauf que le vivant, par définition, n'est pas stable, et que les terroirs sur lesquels ces semences seront ensuite utilisées sont également par définition tous différents ! Ces fameuses semences, seront donc introduites dans des environnements totalement différents de ceux pour lesquels elles ont été sélectionné et seront de ce fait moins adaptées, résistantes, productives, que dans les jolis dossiers de l'INRA.
Sans compter que dans ce travail de sélection, les caractères nutritionnels passent au dernier rang des préoccupations, puisque l'important pour les industriels est que le grain donne le meilleur rendement en farine, favorisant ainsi un meilleur rendement financier…
Il faut bien nourrir le monde me direz-vous ? Oui sauf que pour l'essentiel, le blé produit en France par exemple, part sur le marché international et ne nourrit que très partiellement les Français !
L'appareil industriel, qui « blesse » le blé dans les processus de transformation du grain en farine, a donc obtenu la permission d'ajouter à sa farine (inutilisable sinon) tout un tas d'additifs lui assurant de pouvoir « lever » et se conserver. Et en bout de chaîne, le boulanger peut lui aussi ajouter tout un tas d'additifs pour donner du goût et de l'odeur au pain (qui sinon n'en aurait tout simplement pas) et lui permettre de se conserver malgré l'oxydation de la farine… Posez la question à votre boulanger pour voir… Il risque de rougir un peu !
Le blé n'est ici qu'un exemple. Mais vous vous rendez bien compte que quelque chose cloche puisque même dans l'élaboration d'un produit aussi simple que le pain, on fait déjà rentrer des dizaines d'additifs pour palier aux conséquences d'un processus industriel destructif pour les produits qu'on y fait entrer.
Tout cela sans parler de la dépendance des agriculteurs aux semences. Bref c'est un énorme dossier que l'on a soulevé et que nous ne manquerons pas d'approfondir dans les prochains mois.
Pour plus d'infos, vous pouvez lire le portrait de Nicolas Supiot ainsi que sa tribune sur les semences paysannes.
Cette étape en forêt de Brocéliande était vraiment hors du temps. Remplir nos jerricans à une source sacrée, découvrir le potentiel des semences paysannes, marcher au petit matin sur le tapis moussu de la forêt autour de formations mégalithiques, rencontrer par hasard dans un bar perdu au milieu de la forêt un personnage totalement improbable qui s'intéresse à l'énergie solaire et tend vers une autonomie énergétique. Autant de rencontres surprenantes qui finissent par ne plus nous surprendre tant le chemin semble se dérouler devant nos pieds.
Après cette étape "Arthurienne", nous voilà repartis pour la grande ville, à Rennes, où nous avons rencontré Yann Olivaux, agronome et scientifique de formation, qui se passionne pour l'eau depuis de nombreuses années. Le dossier est un peu pointu, je ne m'étends pas, mais il est également passionnant.
Pour le plaisir simplement, une petite phrase sorti de notre entretien… « pas étonnant que l'eau ne soit pas bonne en Bretagne, puisque si vous comparez les déjections de tout le cheptel breton à des déjections humaines, cela équivaut à 70 millions de personnes. C'est donc l'équivalent des déjections de toute la population française qui sont déversées sur les sols, les nappes et les rivières de ce petit morceau de Bretagne ! ». Mmmmhhh le bon porc breton… élevé sur caillebotis et nageant dans son lisier… Vive le progrès !
Nous montons ensuite rapidement au nord, dans les Côtes d'Armor, à la rencontre de Suzanne Dufour et Joseph, du GAEC des 3 sources dont l'activité principale est l'élevage laitier. Ce couple très attachant a opéré un virage vers des pratiques agricoles durables il y a une vingtaine d'années. Leur cheminement est riche de sens tant on peut s'y identifier. Ils nous ont accueilli chaleureusement et nous avons beaucoup apprécié l'excellent pommeau que Joseph nous a donné à notre départ.
Nous reprenons la route pour Saint-Quay Portrieux où nous rencontrons Georges Brezellec, patron-pêcheur, qui est responsable du syndicat de pêche de la baie de Saint-Brieuc. Ici, la coquille Saint-Jacques est reine. Sa noix, la « Pectus Maximus », est mondialement réputée pour sa qualité. Georges nous raconte qu'il faut 10 kilos de coquilles pour faire un kilo de noix de Saint-Jacques. Il nous dit, « c'est ça qu'il faut faire comprendre au consommateur, les noix ne poussent pas comme ça dans la mer ! ».
La chaîne Demain ! nous a suivi dans cette rencontre et a fait un petit reportage sur nous. Tout cela mélangé, fait qu'à ce moment de notre parcours, nous accusons un peu la fatigue et décidons de ne pas contacter d'autre producteur pour le week-end qui arrive.
Nous traversons la Bretagne du nord vers le sud pour nous rendre à Riec-sur-Belon, chez Marie-France, une amie qui nous accueille avec de belles galettes de blé noir à la cheminée !
Ahhhhh ! Qu'il est bon de se poser les doigts de pieds en éventail ! Nous apprécions vraiment ces moments où nous pouvons nous ravitailler (le camion aussi) et, même s'il nous est difficile de penser à autre chose, de se poser un moment pour décrocher de cette écoute « active », si exigeante, que nous demande la rencontre avec les producteurs.
Nous passons donc le week-end à Riec puis nous dirigeons tranquillement, le lundi matin, vers la Pointe de Penmarc'h où Scarlette Le Corre, marin-pêcheur, nous attend…
Enfin je dis nous attend, c'est un peu présompteux, car la Scarlette, elle attend personne ! Cette petite boule d'énergie recale la pile Wonder aux oubliettes ! Tifenn et moi restons impressionné par son énergie, son rythme de travail tout simplement surnaturel.
Elle a peu de temps à nous consacrer car elle part le matin à 6h30 en mer relever ses filets, pour ensuite vendre sa pêche au marché vers 9h30 jusque 12h. Là elle va manger puis rattaque à 14h à l'atelier de transformation qu'elle vient de créer pour travailler ses algues alimentaires. Et si le temps le permet, elle retourne en mer relever ou déposer ses filets. Et ça, 7 jours sur 7, 360 jours par an. Oui, elle prend 6 jours de congés par an…
Elle est aussi déstabilisante qu'étonnante. Et en plus de son activité, elle intervient au niveau politique pour faire reconnaître son métier de pêcheur, animer des ateliers d'information, organiser comme ce week-end au Guilvinec, des journées gourmandes, s'occuper de l'office de tourisme pour valoriser sa région. Et en plus de tout ça, vous pouvez la retrouver sur les salons gastronomiques parisiens à vendre ses produits comme au salon des saveurs cet hiver ou à Paris Fermier en octobre !
OUF !
Bref, cette petite dame, n'ayant pas trop de temps à nous consacrer pour discuter, nous recommande de contacter Pierre Mollot, « l'incontournable » à Fouesnant. Chose que nous faisons. Et nous avons bien fait ! Quel personnage ! C'est ainsi que notre parcours se fait, le tapis se déroule, de rencontre en rencontre, avec la magie des hasards qui n'en sont pas et des belles coïncidences.
Vous aurez le résultat de ces rencontres un peu plus tard au travers des portraits. Pour l'heure, nous nous dirigeons vers les marais salants de Guérande où Gilles Bernier, paludier indépendant, nous attend pour nous faire partager son activité.
De rencontre en rencontre, nous nous rendons compte que le lien que nous tissons entre tous ces personnages, tous ces réseaux, toutes ces initiatives, est précieux. Il apparaît comme une évidence qu'à notre retour, nous devrons organiser un grand festin invitant toutes les personnes rencontrées durant notre voyage, permettant ainsi à chacune et à chacun de se rencontrer et d'établir des connexions…
La route est belle et nous sentons la présence amicale de nombre d'entre vous à nos côtés.
A bientôt…
LES NOUVEAUTES DU SITE INTERNET :
- Le Lexique s'étoffe : http://www.cheminfaisant2005.net/Projet/Lexique/Lexique.php
- Les réponses aux questions qui nous sont fréquemment posées : http://www.cheminfaisant2005.net/Projet/Presentation/FAQ.php
- Le portrait de Nicolas SUPIOT, paysan boulanger : http://www.cheminfaisant2005.net/Rencontres/Producteurs/Producteur.php?Prod_Id=14
- Un nouveau carnet de voyage : http://www.cheminfaisant2005.net/Tour_De_France/Carnet_Voyage/Carnets.php?Carnet=2
- La tribune de Nicolas Supiot sur les semences paysannes : http://www.cheminfaisant2005.net/Rencontres/Tribunes/Tribunes.php
LES MEDIAS QUI NOUS SUIVENT : Vous pouvez nous retrouver dans Biocontact et Villages magazine ce mois-ci.
Bien à vous.
Fred et Tifenn
http://www.cheminfaisant2005.net
P.S. : et si vous transmettiez cette lettre à une personne au moins, juste comme ça, comme si de rien...
On l'a re-re-re-déjà dit ? Ah ! Pardon... |