Lettre d'information n°4 - mercredi 27 avril 2005
Rappel de l'épisode précédent :
Frédéric et Tifenn partent sur les routes de France le 28 mars 2005 à la rencontre des Femmes et des Hommes qui exercent leur activité agricole dans le respect des hommes et de leur environnement. Cette aventure qui débute sur les vastes plaines cultivées de l'Ile de France, les amène bientôt sur les terres du Nord puis de Basse Normandie. La Bretagne, à deux pas, ne demande plus alors qu'à les accueillir…
25 avril… La Bretagne… ça y est, nous y sommes…
Nous vous écrivons ce soir du camping de Paimpon, dans la forêt de Brocéliande. Pour être vraiment précis, il est 20h26 et je suis en train de croquer dans une tartine de saucisson. Dans le même temps, Tifenn prépare des galettes de blé noir à partir de la farine de Nicolas Supiot issue d'une variété ancienne moulue à la meule de pierre… mmmhhhh …
Hier, nous avons posé le camion en pleine forêt, au lieu dit du « Val sans retour ». Nous avons surmonté cette épreuve et ce matin, nous rechargions nos jerricans à la source réputée sacrée de Sainte-Apolline. Ca tombe bien puisque l'eau du robinet est impropre à la consommation dans ce pays où il y a 4 cochons pour un humain !
Pourquoi un camping cette nuit me direz-vous ? Ben tout simplement parce qu'on en a marre d'être sale et qu'on avait envie d'une bonne douche chaude. Et puis là, on peut se brancher pour recharger la batterie auxiliaire et tous nos appareils électroniques.
Mais venons-en donc à nos dernières péripéties.
Nous avons découvert ces jours derniers la région Basse Normandie dont l'activité agricole majeure est l'élevage laitier. Ce secteur d'activité est assez particulier car totalement régie par l'industrie agroalimentaire et les grosses coopératives. Il est en effet plus difficile pour un éleveur laitier de vendre son lait en direct ou au travers d'une filière courte que pour un maraîcher de vendre ses légumes sur un marché !
Cette structure très monolithique fait toutefois peser sur les producteurs une main de fer qui les contraint à des pratiques productivistes ou bien à la marginalité. Ceux qui font le choix de transformer leur lait (beurre, crème, fromages) s'en sortent encore pas trop mal tandis que les autres sont soumis au diktat du cours du lait, et ce, que leurs pratiques soient respectueuses de l'environnement ou pas.
La plupart des éleveurs sont donc dans un système productiviste qui exploite la vache comme on tirerait sur un cycliste, à grands coups de seringues, pour qu'il donne tout ce qu'il peut, jusqu'à la casse ! La plus récente casse en la matière a été la vache folle, symbole s'il en est d'un système matérialiste à l'extrême où l'on transforme un herbivore en carnivore, transgressant ainsi l'ordre du vivant à des fins mercantiles. Il ne suffit pourtant pas de brûler les stocks de farine pour faire disparaître cette idéologie. Elle est malheureusement toujours bien vivante !
C'est ainsi que Hubert Coupart, ex-agriculteur productiviste reconverti à une agriculture plus « raisonnable », nous explique que ses anciens collègues, comme il le faisait lui-même 5 ans auparavant, compensent chaque baisse de régime de leurs vaches avec une injection ou bien un complément alimentaire. Ils répondent ainsi à un système matérialiste qui considère qu'une vache, tout comme une machine, doit délivrer tant de litres de lait par jour (c'est son « potentiel ») et qu'elle doit réaliser ce potentiel chaque jour, faute de quoi, une piqûre compensera cette défection. Toute la filière est organisée de la sorte de façon à ce que les éleveurs se situent en terme de « performance » par rapport à leurs voisins. Cette compétition permanente se faisant bien entendu au détriment de la qualité des produits, du respect des animaux et du milieu naturel.
Nous revenions alors de notre visite chez Jean-Louis et Nicole Lefrançois. Sacré choc de passer d'une ferme d'élevage respectueuse du rythme des animaux à la description d'un système concentrationnaire ou la vache est un outil à produire ou à « pisser » du lait par quelqu'un qui y a lui-même participé !
Les vaches « Holstein », la race de vache laitière la plus courante car sélectionnée pour sa capacité à faire du lait en grande quantité, sont également appelées « usines à lait »…
Cette rencontre, plus largement détaillée dans le portrait d'Hubert Coupart, nous a montré à quel point il est difficile pour un individu de déconstruire son mode de fonctionnement pour commencer à redécouvrir le métier qu'il pratiquait sous une autre facette, plus respectueuse du vivant.
Nous avons pu ensuite rencontré d'autres producteurs plus avancés dans leur démarche en rupture avec ce système mortifère. Ces agriculteurs, fédérés dans le réseau agriculture durable, sont en recherche d'autonomie et de cohérence. Ils ont bâti une grille qui leur permet d'analyser leur activité selon trois critères : économique, environnemental, social.
En gros, il s'agit de produire moins mais mieux de façon à permettre l'installation d'autres agriculteurs, de participer à un meilleur aménagement du territoire, de s'investir dans la vie locale, tout en maintenant un revenu suffisant pour assurer la pérennité de la ferme et une bonne qualité de vie.
Ce challenge, qui paraît absurde pour beaucoup puisque en radical opposition avec la logique conventionnelle, fonctionne pourtant, et ce sont des dizaines d'exemples qui viennent montrer que qualité de vie, qualité de la production, respect du milieu, viabilité économique, s'accordent parfaitement. Comme dit Hubert, 3 mois pour faire les calculs, 2 ans pour l'admettre !
Et si nous consommateurs, revisitions un peu nos habitudes… faisons le calcul… et admettons que consommer moins, dépenser moins, peut nous faire aller mieux !
Bref, un bel enseignement que ce petit tour en terres Normandes.
La Bretagne nous en réserve-t-elle autant ?
Notre première étape, chez Nicolas Supiot, paysan boulanger, laisse présager que ce territoire nous en réserve bien plus encore !
Restez donc à l'écoute des prochaines nouvelles qui s'annoncent donc… salées !
Au programme des prochaines rencontres : des pêcheurs, des pêcheurs et re-des pêcheurs. Et aussi le 5 mai, la visite des marais salants de Guérande avec un paludier passionné.
NOTES CONCERNANT LE SITE WEB
Il y a eu quelques nouveautés dernièrement sur le site :
Le lexique est accessible avec déjà quelques termes redéfinis pour une meilleure compréhension des textes mis en ligne. On a tellement perdu le sens des mots qu'il nous est apparu indispensable de remettre à plat certains concepts.
Nous avons également ajouté dans la présentation du projet une rubrique « Les réponses aux questions qui nous sont fréquemment posées » pour les curieux qui voudraient en savoir plus sur nos motivations.
Les "rendez-vous" ont été mis à jour et vous pouvez ainsi savoir quelles sont nos prochaines étapes, pour l'instant jusque fin mai, bientôt jusqu'au 28 septembre.
Et bien sûr les nouveaux portraits qui s'ajoutent à la liste au fil de nos rencontres... N'oubliez pas que vous pouvez nous laisser un message dans la rubrique « nous suivre > le courrier des lecteurs » et même participer à la réflexion en nous envoyant un texte qui sera déposé, après validation par nos soins, dans la rubrique « Nos rencontres > Tribunes ».
http://www.cheminfaisant2005.net
A bientôt !
P.S. : et si vous transmettiez cette lettre à une personne au moins, juste comme ça, comme si de rien...
On l'a déjà dit la dernière fois ? Ah ! Pardon... |