Lettre d'information n°44 - mardi 26 février 2008
Rappel de l'épisode précédent :
(désolé, c'est un peu pareil à chaque fois, mais c'est pour les nouveaux abonnés !)
Tifenn HERVOUËT et Frédéric GANA étaient deux jeunes citadins gastronomes de 28 et 32 ans lorsqu'ils ont parcouru la France du 28 mars au 28 septembre 2005 à la rencontre de plus de 80 paysans, producteurs et artisans des métiers de bouche qui exercent leur activité dans le respect de l'environnement et de la dignité humaine.
Cette initiative personnelle, quête de sens par rapport à l'alimentation moderne et voyage initiatique à la recherche du lien entretenu entre l'homme et la terre, leur a permis d'appréhender la réalité d'une agriculture naturelle et respectueuse de la biodiversité, des écosystèmes et du devenir humain.
Après une tournée en 2006 qui leur a permis de retransmettre partout en France un peu de leurs rencontres, ils s'établissent en Corrèze pour une nouvelle aventure... sédentaire cette fois au sein d'un éco-lieu en devenir... Ils y ont créé une société de recherche et de développement sur la régénération du vivant, Navoti, et ont édité un livre et deux DVD autour de leurs rencontres. Plus d'infos sur le site...
Un document à ne pas manquer sur la société MONSANTO
Mardi 11 mars sur ARTE à 21 h
"LE MONDE SELON MONSANTO"
ARTE diffusera une enquête exceptionnelle et explosive sur Monsanto, leader mondial des OGM
Mercredi 9 janvier 2008, la Haute Autorité sur les OGM a révélé que le maïs transgénique MON 810 commercialisé par la firme Monsanto présentait des risques sanitaires économiques et environnementaux.
Pour ARTE, Marie-Monique Robin a réalisé un documentaire d'investigation retraçant l'ascension de cet empire américain et de son développement dans les biotechnologies et le contrôle des semences.
Certains produits fabriqués par la firme ont fini par être interdits à la vente après avoir pollué la planète et tué ou rendu malades des dizaines de milliers de personnes. À chaque fois, la multinationale a menti, caché ou trafiqué les études montrant leur nocivité ; elle a été poursuivie et condamnée à de lourdes amendes, mais tout cela ne l'a pas empêchée de poursuivre son ascension.
ARTE diffusera LE MONDE SELON MONSANTO, une enquête exceptionnelle réalisée par Marie-Monique Robin mardi 11 mars 2008 à 21h.
(France, 2007, 1h48mn)
Coproduction : ARTE France, Image et Compagnie
A paraître le 11 mars 2008
LE MONDE SELON MONSANTO
"De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien."
Un livre de Marie-Monique Robin / Coédition ARTE EDITIONS/ La Découverte
300 pages - 22€ 50
Nous relayons rarement ce genre d'infos, mais cela nous semble d'une grande importance de cerner le caractère essentiel et vital de la semence pour les années à venir. Avant même de parler de pratique agricole et alimentaire, il s'agit bien de s'interroger sur l'objet même de ces pratiques : le patrimoine génétique cultivé... la semence, dont tout dépend en premier lieu.
Hors, les industries semencières ont réussi le tour de force d'imposer en un siècle aux populations paysannes et aux 6 milliards de consommateurs de la planète des semences certifiées dont ils possèdent seuls les droits intellectuels par le jeu des brevets et des certificats d'obtention végétale. Le geste auguste du semeur fait désormais partie de l'histoire ancienne. En effet, dans la plupart des pays, le fait de ressemer sa propre semence est interdit obligeant chaque année les paysans à acheter leurs semences, stériles pour la plupart, aux 5 multinationales qui contrôlent l'alimentation mondiale ! Pour mieux comprendre les combats et les enjeux en cours et à venir autour de la biodiversité cultivée, voici un récent communiqué du réseau semences paysannes à propose de "l'Arche de Noé végétale", le plus grand conservatoire mondial de semences prochainement inauguré en Norvège.
Le Réseau Semences Paysanne remet en cause l'Arche de Noé végétale
QUI AURA LA CLEF DE LA PORTE ?
(Spitzberg, le 25 février 2008) Comme l'ont rêvé tous les pirates des siècles passées, les plus grandes fortunes mondiales vont enterrer en un lieu sûr le plus beau des trésors que la terre et nos ancêtres ont légué à l'humanité et à nos enfants : les semences de toutes les plantes cultivées. Mais nous ne savons pas qui aura la clef de la porte blindée qui va les protéger.
Le 26 février 2008 aura lieu l'inauguration de « L'Arche de Noé végétale » dans un des lieux les plus reculés du monde, à Svalbard, dans le Spitzberg, en Norvège. Ce projet destiné à rassembler toutes les semences du monde dans une chambre forte est le fruit d'un accord tripartite entre le gouvernement norvégien, le « Global Crop Diversity Trust » et la « Nordic Gene Bank ». Le « Trust » -- financé et soutenu notamment par la Fondation Bill et Milinda Gates, La Fondation Rockefeller, Dupont/Pioneer, Syngenta AG, la Fondation Syngenta et la Fédération Internationale des Semences, les plus importants lobbies de l'industrie des semences financera les opérations de « l'Arche ».
Le Réseau Semences Paysannes est particulièrement préoccupée par cette initiative qui concentre en un seul lieu de la planète le futur de notre alimentation.
Il constate que bon nombre d' institutions et entreprises industrielles multinationales qui financent ce projet de cave de la fin du monde, mettent tout en oeuvre pour diminuer l'accès aux ressources génétiques vivantes actuelles et contribuent à leur anéantissement. En effet,
1 Elles imposent partout des lois qui remettent en cause les droits des paysans de conserver, utiliser, échanger et vendre les semences reproduites à la ferme. Après avoir pris gratuitement dans les champs les semences sélectionnées par les paysans, l'industrie semencière y a imprimé ses empreintes génétiques(1) destinées à marquer sa « propriété intellectuelle » protégée par des Certificats d'Obtentions Végétales ou des brevets. De plus, au nom du « libre marché », les lois interdisent peu à peu aux paysans d'échanger leurs propres semences. Elles les obligent ainsi à acheter celles de l'industrie, seules à pouvoir être inscrites dans les catalogues officiels requis pour toute vente. Dans de nombreux pays, les paysans n'ont même plus le droit de ressemer leur récolte.
2 Elles confortent l'abandon des politiques publiques destinées à financer les collections nationales de semences au nom de la liberté du commerce des services (2). Les collections qui ne sont pas simplement jetées à la poubelle sont concentrées dans d'immenses banques internationales où les semences ne sont inventoriées que par des numéros illisibles pour les paysans qui voudraient retrouver celles qui ont été prises dans leurs champs. Elles sont aussi réduites à des listes de gènes numérisées dans des ordinateurs destinés à préparer les manipulations génétiques assistées par marqueurs moléculaires.
3 Elles mobilisent des milliards de dollars pour financer les biotechnologies destinées à marquer les semences avec des gènes brevetés, et à les rendre stériles pour que les paysans ne puissent plus ressemer leur récolte. Le rêve fou affiché est de fabriquer la totalité des plantes de demain avec des gènes synthétiques: les nouveaux pirates espèrent ainsi n'avoir même plus besoin de la clef du coffre de l'Arche de Noé, mais seulement de celle de l'ordinateur où seront stockés la totalité des séquences génétiques des graines qui y sont enfermées.
4- Elles généralisent la culture des organismes génétiquement modifiés (OGM) par des stratégies commerciales agressives mettant en danger la diversité des semences fermières. Ces OGM brevetés sont aujourd'hui dispersés autour des dernières collections, dans les banques de semences et dans tous les centres d'origine et de diversification des plantes cultivées qu'ils contaminent les uns après les autres.
Le Réseau Semences Paysannes demande, conformément aux accords internationaux sur la biodiversité (3) :
- Que chaque pays de la planète reconnaisse et protège activement dans ses lois nationales et dans ses politiques agricoles les droits des paysans de conserver, utiliser, échanger et vendre les semences reproduites à la ferme.
- Que toutes les semences enfermées dans les collections soient mises à la disposition des pays et des paysans et paysannes à qui elles ont été prises, et que la priorité soit accordée à la conservation et au développement de la biodiversité dans les champs.
- Que les sommes aujourd'hui consacrées aux recherches en biotechnologies végétales soient suspendues et reconverties pour financer les programmes de sélection participative destinés à permettre aux paysans de continuer à contribuer à la conservation dynamique des variétés végétales et au renouvellement de la biodiversité en plein air, dispersés dans les millions de terroirs de la planète.
Enfermée dans une grotte, la biodiversité périra si elle ne peut en ressortir pour être cultivée. Elle ne sera sauvée que si elle est librement conservée et renouvelée dans les champs des paysans.
Pour plus d'informations:
Nicolas Supiot : 0 (033) 6 50 01 13 29
Guy Kastler : 0 (033) 6 03 94 57 21
(1) « Homogénéité et stabilité » pour le COV, « évènement génétique » pour le brevet
(2) Accord Général sur le Commerce des Services
(3) Convention sur la diversité biologique, Traité International pour les Ressources Phytogénétiques pour l'Agriculture et l'Alimentation
Et voici les dates de nos prochaines interventions
Jeudi 13 mars 2008 - Savoie : Lycée agricole de Poisy (Savoie) - conférence en soirée sur les pratiques agricoles innovantes et durables
Jeudi 27 mars à 17h : conférence à Cosnes d'Allier (03) dans le cadre des rencontres Agrirurales.
Dimanche 6 avril 2008 - Nord : contes Voix de la Terre par Tifenn à Arleux (Nord) dans le cadre d'un marché paysan.
Jeudi 22 mai 2008 - Loiret : Conférence au Muséum d'Histoire Naturelle d'Orléans sur la responsabilité alimentaire et agricole
Plus de détails bientôt dans l'agenda de nos rendez-vous sur le site.
A bientôt !
Fertilement vôtre.
Tifenn et Fred.
-----------
Retrouvez les 35 portraits des producteurs rencontrés, les 26 pratiques innovantes identifiées, les films, l'expo photo, les spectacles, les carnets de voyage, sur le site http://www.cheminfaisant2005.net
-----------
|