Lettre d'information n°12 - jeudi 4 août 2005

 

Rappel de l'épisode précédent (désolé, c'est un peu pareil à chaque fois, mais c'est pour les nouveaux abonnés !) :

Tifenn et Frédéric sont partis le 28 mars 2005 à la découverte de producteurs agricoles et artisans des métiers de bouche qui exercent leur activité dans le respect de l'environnement et des hommes. Leur voyage, qui durera 6 mois, les mène d'abord sur les grandes fermes céréalières franciliennes, puis vers le Nord, la Basse Normandie et la Bretagne. Après 4 mois de voyage, la moitié ouest de la France ainsi que le sud-est est derrière eux. Ils poursuivent maintenant leur périple à travers la région Rhône-Alpes et l'Alsace Lorraine… Encore de très belles rencontres en perspective…

Cette aventure à la découverte de celles et ceux qui se cachent derrière les aliments que nous mettons dans nos assiettes se poursuit. Vous êtes chaleureusement invités à la vivre avec eux…

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Retrouvez toutes les nouveautés, les portraits des producteurs rencontrés, les carnets de voyage, sur le site http://www.cheminfaisant2005.net
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Jeudi 28 juillet – 12h19 – près de Feurs…

4 mois de voyage aujourd'hui…

Nous abordons maintenant les choses différemment après la cinquantaine de rencontres que nous avons eu le plaisir de vivre ces derniers mois. Nous nous sentons reliés à la terre, aux femmes et aux hommes qui la cultivent.

Comment vous dire à quel point il devient difficile d'accepter les images caricaturales que chacun porte quand on parle de « paysans ». Qu'il est difficile d'accepter que celles et ceux qui nous nourrissent dans l'exigence que requiert leur activité soient aussi méprisés…

Nous nous sommes rendus compte à travers nos discussions à quel point nombreux sont ceux qui font l'amalgame entre un paysan, un agriculteur, un agro-manager et un agro-industriel. C'est pourquoi il nous paraît important avant de poursuivre, de redéfinir certains termes afin que l'on puisse se comprendre mieux.

Le système agricole tel qu'il s'est construit ces quarante dernières années a conduit au culte de l'agriculteur « technologique » investissant massivement dans des locaux, des cheptels, des parcelles, du matériel et des produits phytosanitaires de plus en plus important et technologique.

Pourquoi pas après tout puisqu'il fallait que la France au sortir de la guerre retrouve une autosuffisance alimentaire.

L'objectif était louable, les intentions aujourd'hui le sont pourtant moins… En effet, alors que cet objectif d'autosuffisance a été atteint voilà plus de vingt ans, comment expliquer que l'on poursuive dans cette dynamique productiviste ? A payer pour brûler des excédents, à transformer le lait en poudre, à congeler des tonnes de beurre, à faire manger de la vache malade réduite en poudre aux vaches et à écouler tout ce petit monde dans l'industrie agro-alimentaire, dans nos assiettes ?

C'est ainsi que d'une société agricole, nous passons à une société industrielle, puis tertiaire. C'est ainsi que les paysans se transforment en ouvriers agricoles au service d'un agro-manager lui-même au service de l'agro-industrie, elle-même au service d'actionnaires.

Et c'est ainsi que ceux qui étaient proches de la terre s'en éloignent, perdant le fil du vivant. Pour nous, ce que le XXème siècle nous apprend, c'est que l'on ne rompt pas avec le vivant impunément. De même que les êtres humains ne sont pas des machines et qu'ils tombent malades quand on les considère comme tels, la mécanisation à outrance des plantes et des animaux aboutit à leur dégénérescence malheureusement si bien illustrée par la vache folle, faisant passer un herbivore au rang de carnivore et de cannibale, sans pour autant que cela choque les gestionnaires et les décideurs de tels systèmes morbides.

Dans cette machine à broyer des paysans, seules la rentabilité et la compétitivité sur le marché international comptent. Cette course effrénée pour une soi-disant agriculture compétitive et moderne est en réalité une compétition féroce pour maintenir sa place sur le marché mondial avec des marchandises hautement subventionnées. C'est peut-être cela que certains appellent "concurrence libre et non faussée" ?

Par exemple pour le blé : seuls 40 % du blé produit en France est consommé en France. Le reste se déverse sur le marché international aux conditions dictées par les pays riches.

Le secteur "Agriculture" seul emploie moins de 1 million de personnes (contre 2 millions en 1990) et compte près de 700 000 exploitations (alors qu'on en comptait 1,5 millions il y a vingt ans). Les institutions annoncent encore la réduction de moitié du nombre d'exploitations en France d'ici à 10 ans. La mort politiquement programmée de la paysannerie et l'avènement de l'agro-industrie. Autant de familles broyées, autant de savoirs-faire enterrés.

Aujourd'hui en France, une ferme disparaît tous les quarts d'heure.

 

Et voilà quelques définitions de notre crue du haut de l'expérience du milieu agricole que nous avons accumulée depuis notre départ.

Paysan : Personne implanté dans un « pays », une région, un terroir. Il travaille dans une « ferme » plutôt que dans une « exploitation » et son activité agricole permet de nourrir d'autres individus. Il a la responsabilité des êtres vivants de sa ferme et de l'entretien de l'espace naturel. Il s'inscrit dans la vie locale et dans l'aménagement du territoire.

Ouvrier agricole : travailleur agricole travaillant dans une exploitation. On notera la précarité du statut de la grande majorité des saisonniers, souvent en provenance de l'étranger (pays de l'est, Maroc, etc.) et dont les conditions de travail nous ramènent parfois un siècle en arrière.

Exploitant agricole et exploitation agricole : termes modernes utilisés pour identifier une ferme de plus ou moins grande taille et celui qui la gère. Cependant, nous sommes attachés au sens des mots et le terme « exploitant » nous fait un peu tiquer dès lors que l'on parle du vivant, qu'il soit végétal, animal ou humain.

Agro-manager : Agro-manager : individu « hors sol »* gestionnaire d'une ou plusieurs exploitations agricoles. Il favorise une rentabilité maximale des investissements engagés. Certains sont parfois qualifiés de « chasseurs de primes » (référence aux subventions européennes) ou de « saigneurs de la terre », lorsqu'ils privilégient telle culture ou tel élevage en fonction des primes et non en fonction de la cohérence d'un territoire et de sa biodiversité.
*hors sol : n'ayant plus de rapport avec la terre

Plantes et animaux à haut rendement : se disent des plantes et des animaux qui font en un minimum de temps un maximum de matière et avec le minimum de main d'oeuvre. On obtient de tels spécimens grâce ou à cause de croisements, d'hybridations, et de complémentations alimentaires, phytosanitaires et chimiques permettant de faire fabriquer par la plante ou l'animal de la matière inerte et de favoriser la rétention d'eau. (cf le steak qui réduit de moitié dans la poêle).

Etres humains à haut rendement* : individus qui à force de manger des aliments contenant des produits sur-raffinés, des sucres simples, des matières grasses hydrogénées, du sel en excès, des additifs chimiques, des résidus de pesticides, fabriquent de la matière inerte que le corps ne sait plus gérer. Cela peut s'exprimer par de l'obésité, par des maladies de dégénérescence, une baisse de la fertilité ou des allergies multiples. (voir les chiffres alarmants de la progression de l'obésité aux Etats-Unis et en Europe).
* terme inventé par Guy Kastler.

NDA : ces définitions n'engagent que nous.

 

DE LA PENURIE DE L'APRES GUERRE A L'OPULANCE CONTEMPORAINE… DE L'INTERET COMMUN A L'INTERET PRIVE...

Un peuple qui a faim regarde un progrès technologique qui lui permet de manger avec avidité. Et un peuple qui n'a plus faim… comment doit-il regarder ce même « progrès » dès lors qu'il ne sert qu'à nourrir les bulles de la spéculation financière ?

Un peuple qui a faim bénie l'azote chimique quand il double ou quadruple la production et qu'il remplit les assiettes vides.
Et un peuple qui n'a plus faim… comment doit-il regarder cette même chimie dès lors qu'il sait qu'elle est hautement toxique et qu'elle est le résultat du recyclage de l'industrie militaire des deux dernières guerres, que ce « boostage » de la production créé en réalité des végétaux à haut rendements sans qualité nutritionnelle, conduisant directement à obtenir des êtres humains à haut rendement ?

Un peuple qui a du travail béni les machines qui viennent réduire la pénibilité des tâches.
Et un peuple qui n'a plus de travail… comment doit-il regarder ces machines quand il se rend compte que c'est lui qui est à leur service ?

Ces questions s'imposent à nous. Certains n'y portent pas d'attention, certains n'y accordent aucun crédit, certains disent qu'il faut bien mourir de quelque chose, certains disent que le futur sera technologique ou ne sera pas et la plupart succombent au fatalisme ambiant.

La malbouffe est une évidence, un fait établi. Faire autrement, une douce utopie.

Et pourtant, toutes les personnes que nous avons rencontrés sur notre parcours, dont nous témoignons, vivent comme il leur semble juste de vivre, tentent de mettre en cohérence leurs aspirations et leurs actes, entrent en coopération avec leur milieu chacune à leur façon.
Il n'y a pas de fatalité. Il y a simplement une réalité : une croissance illimitée dans un monde fini est une aberration. Une agriculture qui brûle 10 calories fossiles pour produire 1 calorie alimentaire va dans l'impasse.

Ce sont les lois de nos pays qui légitiment et rendent possible cette aberration. Ce sont aussi nos comportements individuels. Et même si le politique n'a que peu de pouvoir dans cette lutte de monstres économiques que nous avons créés et que nous nous nourrissons chaque jour, il reste le pouvoir de nos actes, en commençant par celui, quotidien, de donner du sens à son alimentation et à sa consommation et accessoirement, à son existence.

 

LE PETIT THEATRE COQUIN – EPISODE 1

La responsabilité et la convivialité se rencontrent autour d'une belle table. Plaisirs simples et petites joies quotidiennes se retrouvent dans l'assiette, au détour de la courbure d'un haricot vert et de la belle rondeur d'une tomate cultivée en plein champ.

Mlle responsabilité : « Tiens je ne pensais pas que nous nous retrouverions un jour à la même table. Pendant que je lisais mes livres, vous passiez votre temps à faire la fête et à festoyer… »

Mme convivialité : «  Eh oui, ma petite dame, les temps changent, faut s'y faire. Si on veut faire la fête longtemps, il faut ménager sa planète ! »

Mlle responsabilité : « Vous imaginez un peu… Toutes ces années à penser aux autres et à m'oublier… pour un peu, j'en aurai oublier de sourire ! »

Mme convivialité : « Vous mettez pas Martel en tête mam'zelle, ces temps-là sont révolus ! Allons buvons un coup, et partageons ce bon repas, ces petites patates nouvelles qui nous arrivent de la ferme de Jojo, cette belle tomate jaune et biscornue que Firmin nous a ramené de son potager, et ces haricots, cueillis de ce matin. Rien que des produits de saison, y'a rien de tel. Pas chers et pleins de saveurs. ».

Mlle responsabilité : « Oui et si je peux me permettre, c'est quand même mieux quand on profite de tout ça l'été près de chez nous plutôt que de les faire venir par cargos de pays lointains ! Mieux pour les hommes, mieux pour la planète ! »

Mme convivialité : « Oui et du plaisir en plus ! »

 

NOS RENCONTRES

Eh bien depuis la dernière lettre, nous avons sillonné les flancs du Mont Ventoux avec Marc Giardini (voir portrait sur le site) et ses brebis ; rencontrés Fabien et Sylvie à Eourres qui élèvent des chèvres « Rove », une race rustique magnifique dont ils transforment le lait en fromages ; rendu visite à nos amis de la chèvrerie de Réallon dans les Hautes-Alpes et passé quelques jours en Drôme, dans un très beau domaine en biodynamie, avec Marion et Stéphane qui fabriquent du fromage de brebis et vache, cultivent et sèchent des herbes médicinales et de la lavande (la vraie ! pas du lavandin hybride…).

Et puis nous avons découvert par hasard un fameux chocolatier à Crest, toujours dans la Drôme, qui au lieu de prendre sa retraite, s'est lancé dans un nouveau projet, donnant ainsi réalité à ses rêves d'enfant breton : un navire aux cales remplies de chocolat !!! Amateurs, la visite est obligatoire. Pour les autres, un reportage filmé sera bien diffusé.

Et nous voici maintenant en Isère, au GAEC du Pic Bois, où quatre associés ont trouvé un fameux moyen d'être heureux. Ils ont su allier produit de qualité, respect de l'environnement, temps libéré, rémunération digne, et convivialité autour de chèvres, de fromages et de pain… Mais ceci est une autre histoire… un prochain portrait…

 

PRES DE LYON…

Et nous voilà maintenant tout près de Lyon… Nous commençons à penser et à préparer l'après - Tour de France… Et déjà les dossiers de financements pour le livre, les documentaires, les conférences, l'expo photo, le spectacle, la malle pédagogique. C'est la raison pour laquelle nous avons moins de temps pour écrire les portraits, ce qui explique que les mises à jour soient moins fréquentes.

On ne vous oublie par pour autant et les premiers montages vidéo vont faire leur apparition. Déjà sur surlaplace.tv et bientôt sur Cuisine TV.

A bientôt.

Fred et Tifenn

 

 

RETROUVEZ SUR LE SITE…

PRATIQUES AGRICOLES INNOVANTES ET DURABLES

Nous avons découvert un tourisme original avec les « Accueil Paysan ». La complémentarité de l'accueil et de l'activité agricole. Un tourisme équitable, en France comme à l'étranger. Petite présentation…

 

LES PORTRAITS DES PRODUCTEURS

Faites connaissance avec Marc Giardini, éleveur ovin traditionnel et trufficulteur, qui nous a fait partager sa passion de l'estive.

 

TRIBUNE

Toujours, l'histoire de l'humus, par Pierre Buchberger. Pierre nous livre ici un joli récit au cœur de la fertilité des sols. A ne pas manquer pour bien comprendre les enjeux d'une agriculture durable.

Et puis un petit mail de Jacky Dupety qui nous donne des nouvelles de ses cultures sur BRF. Production record de courgettes sur BRF 2005, sans irrigation et sans traitement ! Et puis une rencontre qui a lieu chez lui avec un des fondateurs de la méthode les 9 et 10 août à la ferme du Pouzat.

 

LES MEDIAS QUI NOUS SUIVENT

Vous pouvez nous retrouver dans les numéros de Juillet/Août 2005 de « Le Nouveau Consommateur », « Biocontact » et « Villages magazine ».

Et puis aussi sur « http://www.surlaplace.tv » notre premier reportage filmé sur Jacky Dupety et la méthode B.R.F. – rubrique thématiques > portraits > chemin faisant.

 

C'est tout pour aujourd'hui !

Bien à vous.

Fred et Tifenn

 

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