Lettre d'information n°11 - mercredi 13 juillet 2005

 

Rappel de l'épisode précédent (désolé, c'est un peu pareil à chaque fois, mais c'est pour les nouveaux abonnés !) :

Tifenn et Frédéric sont partis le 28 mars 2005 à la découverte de producteurs agricoles et artisans des métiers de bouche qui exercent leur activité dans le respect de l'environnement et des hommes. Leur voyage, qui durera 6 mois, les mène d'abord sur les grandes fermes céréalières franciliennes, puis vers le Nord, la Basse Normandie et la Bretagne. Après plus de 3 mois de voyage, les voilà à mi-parcours. La moitié ouest de la France est derrière eux et ils attaquent l'autre moitié par la région PACA. Encore de très belles rencontres en perspective…

Cette aventure à la découverte de celles et ceux qui se cachent derrière les aliments que nous mettons dans nos assiettes se poursuit. Vous êtes chaleureusement invités à la vivre avec eux…

 

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Retrouvez toutes les nouveautés, les portraits des producteurs rencontrés, les carnets de voyage, sur le site http://www.cheminfaisant2005.net
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Vendredi 8 juillet – 9h09 – sur la route de Valence…

Ben voilà. L'Ardèche est derrière nous. Beau pays comme on dit. Beaux gens. C'est un territoire particulier où les « alter » sont presque plus nombreux que les « conventionnels » ! Ce qui n'empêche pas malgré tout de trouver sur le marché des saucissons « ardéchois » fabriqués en Ardèche certes, mais avec des porcs élevés dans les pays de l'est et importés congelés… On est bien loin de l'image bucolique de l'artisan ardéchois et du porc qui gambade sur le mont gerbier des joncs ! Mais bon, cela demande tellement de conviction et de conscience aujourd'hui de faire autrement…

Cela reste une anecdote cependant car les bons produits sont légions ici et l'artisanat fait plaisir aux yeux et aux doigts. Vous savez, un véritable artisanat, avec des savoir-faire et des artisans authentiques, des matériaux nobles et issus du pays, des objets qui ont du sens. On est loin ici des portes clés dauphin, de la marmotte siffleuse, ou du chien qui chante la lambada. Ah ! Ca fait du bien… pour un peu, on pensait presque que ça avait disparu !

 

Le contraste est étonnant entre l'Ardèche du sud où nous avons rencontré les personnes de l'association Terre et Humanisme - pays de soleil, de belles pierres, d'eau et de vignes – et l'Ardèche du Nord, au climat montagnard, plus rude. Nous avons passé 3 jours à Lachamp-Raphaelle, à 1330 mètres d'altitude, dans le plus haut village d'Ardèche. Là-haut, les foins ne sont pas tous ramassés, la flore est encore splendide et rayonnante. L'écart thermique avec la vallée créé un décalage dans les cultures de près d'un mois ! C'est une dimension du vivant qu'on ne peut appréhender que sur place, lorsqu'il faut remettre les épaisseurs de pulls le soir venu, que le brouillard glacé du matin vous sort du lit avec la rosée. C'est là que l'on peut toucher du doigt cette diversité de climats, de terroirs et par conséquent de pratiques agricoles. C'est là seulement que l'on peut appréhender l'aberration que représentent la normalisation du vivant, cristallisée pour nous dans les semences hybrides standardisées pour l'industrie. Comment peut-on même imaginer que les plantes se comportent de la même manière en plaine et en montagne ? Et que dire encore si l'on considère l'international… Une plante se comportera-t-elle de la même manière dans les plaines franciliennes ou dans le bocage normand que sur les plateaux du Kenya ou au Sahel ? C'est pourtant ce que la révolution verte a imposé, ce que les « pays riches et civilisés » ont imposé aux « pays pauvres et sous-développés ».

Réduire le vivant à une expérience de laboratoire et faire abstraction du reste de l'écosystème (humain compris)…

Pour les curieux ou les quelques irréductibles d'une vision du progrès exclusivement techno-scientifique, nous présenterons prochainement une tribune sur la problématique des OGM avec quelques textes récoltés lors de nos différentes rencontres. De toute façon, le problème, avant d'être technique, est d'abord éthique et humain. Le vivant est-il à vendre ? Le patrimoine nourricier de l'humanité peut-il appartenir à cinq entreprises ? Est-ce normal que ces cinq entreprises soient les mêmes qui fabriquent les pesticides et les médicaments ? Est-il normal pour un producteur de payer plus cher son alimentation animale « naturelle » que celle OGM qu'on lui fournit par défaut, sans qu'il le sache ?

 

 

UN FIL ENTRE NOUS ET LES PRODUCTEURS RENCONTRES

Alors que nous descendons sur la région PACA pour la suite de notre aventure, nous traversons en vallée des champs de blé bien mûrs. Dans ces images de blés dorés, nous nous demandons à quoi ressemblent ceux de Nicolas Supiot, en Bretagne, que nous avons rencontré voilà deux mois. Ses variétés anciennes de blé ont-elles atteint leur 1 mètre 80 ? Les épis versent-ils ? La moisson est-elle pour bientôt ? Et les scientifiques qui travaillent avec lui ont-il déjà étudié ses glutens non allergisants ?

Et Gilles Bernier, dans son marais salant… On pense souvent à lui dans ces bouffées de souvenir des moments partagés. C'est la période de récolte à Guérande. La réalisation d'une année d'entretien des marais, d'observation et d'attention. C'est une période cruciale où la vase se transforme en or blanc, douce alchimie de la rencontre du soleil et du travail des hommes qui révèlent ces petits cristaux de sel.

Autant de questions que nous nous posons du fait du lien maintenant créé avec tous ces producteurs que nous avons rencontrés. Nous aimerions pouvoir les suivre dans leur activité, saison après saison, pour voir évoluer leurs cultures, leurs bêtes, eux-mêmes, et pour partager ces moments de labeur, de doute, de joie, de peine, de peur aussi parfois.

Oui cette peur, présente dans la vie de beaucoup de producteurs. Peur de ne pas avoir assez d'eau pour irriguer, peur de ne pas mettre assez d'engrais, peur de récolter au mauvais moment, peur de laisser son vin évoluer et de le perdre, peur des maladies, des ravageurs… toutes ces peurs liées à ces activités agricoles dont tous les risques sont supportés par les paysans (risque climatique, financier, phytosanitaire, vétérinaire, etc.).

Comme nous confie Christophe Beau dans son chai : « chacun gère ses peurs comme il peut ».

 

 

NOS RENCONTRES

Au moment où nous nous sommes quittés la dernière fois, nous écrivions la fin de la lettre depuis les bureaux de Terre et Humanisme à Lablachère, en Ardèche.

Nous y avons prolongé un peu notre séjour tant il y avait de personnes à rencontrer et de choses à découvrir. Nous ne pouvions pas faire autrement !

Nous avons d'abord fait la connaissance de bénévoles qui viennent découvrir l'agroécologie par la pratique, puis découvert les pratiques agroécologiques avec Théo, le jardinier du Mas de Beaulieu ; échangé avec des administrateurs et permanents de l'association, et nous avons eu un entretien avec Pierre Rabhi, président d'honneur de l'association.

Un soir, Tifenn y a présenté le spectacle devant une trentaine de personnes avant de partager un bon repas convivial avec des bénévoles en partance et une partie de l'équipe de l'association.

Bref une étape très riche !

 

Après cela, nous avons rencontré à quelques kilomètres de là, à Berrias, un homme étonnant, Maurice Chaudière. Apiculteur, chercheur, sculpteur, Maurice se passionne depuis sa plus tendre enfance pour la nature sauvage… et les abeilles. C'est ainsi qu'il leur a vouées sa vie et ses recherches, avec toujours en filigrane la volonté de se rapprocher le plus possible de leur condition sauvage. Il invente donc une apiculture alternative, fabriquent des ruches solaires en terre, parvient à lutter de façon naturelle contre le varois et sillonne le monde du haut de ses 78 ans pour partager les résultats d'une vie de recherche et de pratique apicole… différente.

Pourtant, ne parler que d'abeilles lorsque l'on évoque Maurice serait très réducteur. Il est également devenu maître dans l'art de la greffe (végétale) et pour celles et ceux que cela intéresse, nous ne pouvons que vous recommander un passage dans sa forêt fruitière pour apprécier le travail… une forêt sauvage transformée en verger ! A côté de cela, il se passionne pour la mythologie, écrit des contes et des pièces de théâtre. Sacré bonhomme !

Après ces quelques rendez-vous en Ardèche sud, nous avions prévu de longue date une petite « pause » chez des amis, près du Mont Jerbier des Joncs, un peu plus haut dans la montagne… Ce qui fut planifié fut fait et nous avons passé trois jours chez eux.

Le dernier jour d'ailleurs, Xavier Bonjour, un éleveur laitier, nous appelle suite à l'article paru dans Biocontact en nous disant : « Il faut qu'on parle, nous avons commencé il y a quelques années à réformer nos pratiques et nous aimerions échanger avec vous. »

Qu'à cela ne tienne, on se lève un peu plus tôt le lendemain matin et on leur rend visite. Ils sont près de Valence et c'était notre chemin alors…

A 8h30, nous rencontrons donc Xavier et son père Daniel qui nous attendent. C'est une ferme d'élevage de chèvres laitières dont le lait est ensuite vendu à une coopérative pour la fabrication d'un fromage AOC local. Une épidémie dans leur élevage et la canicule de 2003 ont beaucoup influencé la transformation de leurs pratiques. Anciennement en intensif, ils soignent maintenant leurs bêtes avec des plantes, les font pâturer alors qu'avant elles étaient en permanence à l'étable, limitent leur utilisation de pesticides et redécouvrent des connaissances oubliées, tant sur la botanique, sur les bêtes que sur la vie du sol. Comme nous dit Daniel, proche de la retraite, "l'agriculture industrielle est une agriculture d'ignorants. On te donne les bêtes, les semences, avec une fiche technique, en te disant d'appliquer tel produit à telle période et d'acheter tel aliment pour tel animal. Du coup, on ne sait plus rien faire pousser tout seul. On a tout oublié, on ne sait plus rien ! Notre connaissance des plantes, des sols, de la faune. J'en rage de tout devoir réapprendre ! "

La rencontre est très enrichissante et leur démarche est déjà sacrément bien avancée ! Nous leur laissons avant de partir quelques adresses de personnes que nous avons rencontrées qui pourraient bien leur apporter quelques réponses. Et nous, nous reprenons la route, direction la région PACA !

 

LA REGION PACA !

Nous commençons par Avignon où nous intervenons dans un magasin Nature et Découvertes.

Après un petit coucou à des amis du côté de Saint-Martin de Crau, nous voilà en virée sur les flancs du Mont-Ventoux avec Marc, berger et trufficulteur à Monieux. Il y pratique l'élevage ovin de façon traditionnel depuis 25 ans et nous explique avec la maturité d'un homme de son âge que les pratiques agricoles doivent évoluer avec leur temps, tout en rappelant à la société qu'elles existent et qu'elles ont du sens. Pour lui, c'est de ce dialogue permanent avec le reste de la société civile et de cet engagement quotidien que l'agriculture paysanne pourra garder sa place et continuer à transmettre aux plus jeunes générations le sens de ses pratiques.

C'est de sa ferme que nous terminons cette lettre après avoir passé la matinée en estive, au milieu des moutons.

 

ET LE VOYAGE SE POURSUIT, toujours aussi riche, et nous espérons vous en transmettre un peu de la substance.

Nous sommes désolés de ne pouvoir illustrer davantage nos lettres électroniques et vous invitons à parcourir les portraits de producteurs et les carnets de voyage, directement sur le site, pour voyager également à travers nos photos…

 

Profitez bien des beaux et bons produits que le soleil et les paysans nous offre…

Tiens au fait, au passage, si vous êtes en Provence, nous vous recommandons une petite épicerie paysanne, fruit du regroupement de 14 producteurs locaux en agriculture biologique : de très beaux produits, des fruits mûris sur l'arbre, des fromages de chèvres, des confitures, de l'huile et des olives, et j'en oublie. C'est du commerce équitable local en somme.

« L'épicerie paysanne »
84390 Sault en Provence (à une vingtaine de kilomètres du Mont-Ventoux)

 

A bientôt.

Fred et Tifenn

 

LES PROCHAINS RENDEZ-VOUS

Retrouvez-nous pour le spectacle de contes « Voix de la Terre » :

> le dimanche 17 juillet à Eourres (Hautes-Alpes)

> le lundi 18 juillet à Réallon à la ferme Forest du Bayle (Hautes-Alpes)

> le 22 juillet à Cobonne à la ferme de Baume Rousse (Drôme)

> le 30 juillet au GAEC la ferme du Pic Bois à 18h à Troche Fellon (Isère)

 

 

RETROUVEZ LES PORTRAITS DES PRODUCTEURS

Découvrez les portraits de Anne-Marie Lavaysse qui élève ses vignes et nous donne à boire un nectar de raisin.

Retrouvez également le portrait de l'association Kokopelli qui travaille à la protection des semences, patrimoine nourricier de l'humanité.

 

TRIBUNE

L'histoire de l'humus, par Pierre Buchberger. Pierre nous livre ici un joli récit au cœur de la fertilité des sols. A ne pas manquer pour bien comprendre les enjeux d'une agriculture durable.

 

CARNETS DE VOYAGE

Retrouvez deux nouveaux carnets de voyage, un sur notre rencontre avec Isabelle Ottria à Foix et un autre sur notre passage au Larzac.

 

LES MEDIAS QUI NOUS SUIVENT

Vous pouvez nous retrouver dans les numéros de Juillet/Août 2005 de « Le Nouveau Consommateur », « Biocontact » et « Villages magazine ».

Et puis aussi sur « surlaplace.tv » notre premier reportage filmé sur Jacky Dupety et la méthode B.R.F. ainsi que le débat qui a eu lieu à Aubin lors de la semaine du développement durable.

 

C'est tout pour aujourd'hui !

Bien à vous.

Fred et Tifenn

 

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