Lettre d'information n°10 - mardi 28 juin 2005
Rappel de l'épisode précédent (désolé, c'est un peu pareil à chaque fois, mais c'est pour les nouveaux abonnés !) :
Tifenn et Frédéric sont partis le 28 mars 2005 à la découverte de producteurs agricoles et artisans des métiers de bouche qui exercent leur activité dans le respect de l'environnement et des hommes. Leur voyage, qui durera 6 mois, les mène d'abord sur les grandes fermes céréalières franciliennes, puis vers le Nord, la Basse Normandie et la Bretagne. Après une halte dans les marais salants de Guérande, ils partent à la découverte du sud-ouest, du Lot, de l'Aveyron et de l'Ariège. Ils se rendent sur les vignobles de l'Héraut, traversent le Gard et débarquent en Ardèche où de nouvelles rencontres les attendent…
Cette aventure à la découverte de celles et ceux qui se cachent derrière les aliments que nous mettons dans nos assiettes se poursuit. Vous êtes chaleureusement invités à la vivre avec eux…
26 juin… sur la route entre Alès et Aujac…
C'est sous un soleil de plomb que nous nous approchons, à roues de velours, de l'Ardèche. Nous sommes attendus à la ferme La Baraque à Aujac cet après-midi pour représenter le spectacle. Puis dès mardi, le Gard laissera place à l'Ardèche et à d'autres rencontres passionnantes.
L'ETE…
Dans les différents villages que l'on traverse, il flotte déjà comme un air de vacances. La saison commence doucement, les marchés se raniment, les touristes s'affairent, les commerçants préparent leurs échoppes.
Les balles de foin sont presque toutes ramassées et les céréales dans les champs sont maintenant bien dorées. L'orge d'abord, puis le seigle et le blé. Les vergers prennent des couleurs et les étals sont chargés de melons, abricots, cerises.
C'est l'été.
On imagine que beaucoup d'entre vous commencent les premiers préparatifs pour les congés. Et on imagine aussi qu'on sera un peu plus loin de vous lorsque vous serez dans votre chaise longue, sur la plage, ou à 2500 m, au bord d'un lac d'altitude.
Pourtant, vous allez tous profiter pendant ces agréables moments des paysages façonnés par les paysans. Car c'est dans les endroits où il reste des paysans que l'on est bien !
Avez-vous déjà passé des vacances en Beauce, entre deux parcelles de 500 hectares de blé destiné à l'exportation avec cette odeur persistante de produits chimiques et nulle vie alentour… ?
Oui, les paysans nous nourrissent et leur activité, pratiquée avec conscience, nous régale aussi les yeux, les oreilles, le nez, les pieds et les mains...
Nous aimons cette idée que vous penserez à ces femmes et à ces hommes lorsque vous traverserez un paysage cultivé. Et puis aussi aux milliers d'oiseaux dont les haies sont les abris. Ces haies, plantées par les paysans et qui permettent de retenir la terre avec leurs racines, d'éviter inondations et glissements de terrain, d'abriter les prédateurs des parasites des cultures, de faire du bois pour le compost ou pour les fagots qui alimenteront le feu du four à pain.
On aime cette idée que vous penserez à ces artisans de la terre lorsque au marché, vous achèterez vos fruits et vos légumes directement au producteur, en lui posant quelques questions sur sa façon de travailler, juste comme ça, par intérêt pour son travail.
On se souvient aussi avec amertume, il y a quelques années, la façon dont nous appréhendions la campagne lorsque nous partions en vacances. Nous consommions la campagne. Sans mauvaises intentions bien sûr, mais par réflexe, par conditionnement.
Et de nous rappeler également qu'à notre retour en ville, finalement, nous la consumions avec des comportements dont nous n'avions pas conscience des implications.
On aime lorsque l'on est à la campagne, à la montagne, se balader sur des sentiers bordés de haies, longer des prés encore peuplés de vaches et de moutons, se baigner dans une rivière propre. On n'apprécie pas beaucoup l'odeur de lisier, omniprésente en Bretagne, ni de longer ces grands hangars où des dizaines de milliers de poulets ne verront pas même le soleil de l'été. Et pourtant, nos gestes quotidiens et nos comportements alimentaires favorisent ces pratiques et réduisent à néant celles qui font que la vie est appréciable.
Ce maudit cycle qui met à genoux la paysannerie et les villages, consommer, puis consumer, sans conscience. Et qui finit par mettre à genoux aussi celles et ceux qui le pratiquent.
Mais pas de fatalité. Les alternatives existent. Nous les rencontrons. Il ne nous reste plus qu'à changer, individuellement, pour vivre mieux collectivement.
28 juin … Arrivée à Terre et Humanisme à Lablachère à 11h. Présentations… Repas… Puis on s'installe dans le bureau et on reprend la rédaction de la lettre…
A LA MOITIE DU PARCOURS
Voilà. Cela fait trois mois que nous voyageons à travers ces paysages et ces parcours de vie. La moitié de notre parcours est derrière nous. Ce sont 42 producteurs que nous avons rencontrés dans cette moitié ouest de la France. Le compteur affiche maintenant 8000 kilomètres parcourus.
Nous étions partis, fin mars, avec l'appréhension de ceux qui partent à la découverte de l'inconnu et avec cette question de la légitimité de notre démarche. Au fil des rencontres, nous sommes plus assurés et nous nous apercevons que nous donnons par notre écoute et l'intérêt que l'on porte à chaque personne rencontrée autant qu'il nous est donné.
On mesure aussi l'isolement et le besoin de reconnaissance de tous ces paysans qui nous nourrissent et qui sont méprisés par les consommateurs, non pas intellectuellement mais dans leurs actes. Mépris des institutions aussi, car ils ne répondent pas à l'image « moderne » et « performante » de l'agriculture chimique industrielle.
Et c'est ainsi, que chaque quart d'heure en France, une ferme disparaît. Jusqu'à quand ?
NOS RENCONTRES
Souvenez-vous, à notre dernière lettre, nous quittions François et Colette Tourrent, éleveur de vaches gasconnes à Mercus, des les Pyrénées ariégeoises.
Depuis, notre balade en Pyrénées s'est poursuivie à Estavar, chez un ami, dans cette magnifique vallée de Cerdagne. L'occasion de se décontracter, de rendre hommage aux produits de la terre autour de belles tables bien arrosées.
Nous sommes intervenus au Musée de Cerdagne, à Sainte-Léocadie, dans le cadre d'une animation scolaire et grand public de 2 jours. Le musée, dirigé par Dominique Pilato, réside dans le corps d'une très vieille ferme bourgeoise qui est en cours de valorisation. Déjà, le travail réalisé est surprenant. Une superbe exposition, un jardin aux légumes oubliés, un lieu magnifique, toute une dynamique à construire.
Nous glissons ensuite le long de la côté, Perpignan, Sète, pour rentrer dans les terres calcaires du Minervois. Rendez-vous à Gimios.
Nous traversons des paysages hallucinés de vignes et de chaos calcaire. La route est étroite et nous parcourons cette carte postale comme dans un rêve, entre vigne et roche.
Le petit village de Gimios, à quelques kilomètres de Saint Jean en Minervois, semble tout droit sorti d'un conte. Le camion passe à peine entre les quelques maisons et nous arrivons enfin, exténués par cette chaleur étouffante, au petit domaine de Gimios d'Anne-Marie Lavaysse. Une bouffée d'oxygène !
Elle y pratique une viticulture paysanne, en étroite relation et compréhension avec la nature. Elle n'achète aucun produit de traitement et pulvérise des infusions de plantes sauvages sur ses vignes. Son unique vache, broute au milieu des vignes où une flore riche et diversifiée a élue domicile. Pas de levure. Pas de soufre. Son vin est merveilleux.
Le soir, nous rencontrons Guy Kastler, à Olonzac, avec qui nous parlons de la problématique des semences paysannes (voir portrait de Nicolas Supiot et sa tribune) et des OGM. Il revient tout juste du Forum Social Méditerranéen qui se déroulait à Barcelone.
Un petit tour à Sète le lendemain où nous profitons de la mer pour piquer une tête. Pas trop de touristes encore. On en profite.
Nous passons la nuit dans un camping génial. Un 2 étoiles à 11 euros la nuit, à 30 mètres de la plage. Un peu « roots » bien sûr, mais le gars qui gère le lieu est un résistant lui aussi. Ce camping familial, créé par son grand-père, préserve pour encore quelques temps, un certain sens des rapports collectifs et de la gestion d'un écosystème littoral très fragile. Après lui, la terre sera vendue au plus offrant, pour construire une résidence secondaire ou un complexe touristique. Allez donc faire un petit tour du côté de Frontignan ; depuis la nationale Sète/ Montpellier, prenez la sortie « l'entrée/ port de pêche » ; c'est là, sur la gauche, y'à un panneau « camping, entrée à 100 mètres ». Le gars s'appelle Stéphane, le camping la « Tamarissade », il nous a parlé de son camping les larmes aux yeux, passez lui le « salut » de notre part, et profitez bien…
Camping La Tamarissade - Stéphane Vacquier - 54, avenue Paul Valery - 34110 Frontignan - Tél : 04 67 43 05 40
C'est fou de voir comme toutes les réalités se recoupent, s'entrecroisent, s'entrechoquent.
Le foncier ! La terre ! Objet de spéculation…
Bref, nous profitons bien de cette halte et rencontrons à Sète les éditions La Plage pour une éventuelle collaboration autour du futur livre CHEMIN FAISANT, sur lequel nous travaillerons à notre retour.
Le soir, nous faisons un petit saut à Montpellier pour la fête de la musique. Ben oui, faut faire la fête aussi !
Et le 22 juin, c'est Christophe Beau que nous rencontrons. Encore un viticulteur. Encore un fou. Lui habite à Corconne, un magnifique petit village du Gard. Son approche de la vigne est complètement originale, de la culture à la vente. Son dada, ce sont les rapports de co-responsabilité entre les producteurs et les consommateurs.
Après le repas, nous relevons nos messages courriels. Et là, surprise, Krystell et Hélène de l'association Terre nourricière nous invitent à une soirée contes le lendemain soir à Montpellier. Elles travaillent toutes les deux sur un projet de sensibilisation aux problèmes de nutrition en Afrique et en Asie. Krystell a vu le camion jaune Chemin Faisant la veille à Montpellier et, interpellée, a fait un saut sur notre site internet. Nos préoccupations se recoupant, on décide de les rejoindre le lendemain soir. Ca tombe bien puisque Christophe fait déguster son vin chez un ami caviste à Montpellier justement ce soir-là !
Nous passons donc une agréable soirée, et passons de cave en cave, de la dégustation aux contes…
Nous avons évidemment plein de choses à nous dire avec Krystell et Hélène et le 24 juin… Après notre rendez-vous chez Kokopelli à Alès, nous redescendons à Montpellier pour passer la soirée et la journée du lendemain avec elles.
Tifenn doit jouer dans les Cévennes le 26 juin. Nous quittons donc la ville pour nous perdre au milieu des pins dans le lieu magique de Pierre et Martine Buchberger, la ferme « La Baraque » ! Là encore, un lieu halluciné ! Pierre - « Le Buch » - et Martine - « Marton » - comme on les appelle, font de l'accueil paysan et de l'agriculture écologique. On ne peut que trop vous conseiller d'aller passer quelques jours chez eux !!!
Ferme La Baraque - Mas de Cocagne - Pierre et Martine Buchberger - 30450 Aujac - Tél : 04 66 61 12 77
Nous passons un agréable moment en leur compagnie puis nous dirigeons doucement vers l'Ardèche à la découverte de l'association Terre et Humanisme qui assure la promotion de la démarche agro-écologique développée par Pierre Rabhi.
C'est là que nous vous écrivons ces quelques lignes.
Dans l'attente de notre prochaine lettre, nous vous invitons à découvrir les nouveautés du site, les nouveaux portraits de producteurs – François Tourrent et Jackie Guillemet – et puis les carnets de voyage avec notre passage sur le plateau du Larzac et dans ce fameux espace solidaire « L'équi-table » à Foix.
Bien le bonjour à toutes et à tous !!!
Fred et Tif
LES PROCHAINS RENDEZ-VOUS
Retrouvez-nous le mercredi 29 juin à 20h à Lablachère, en Ardèche pour le spectacle de contes « Voix de la Terre ». Ca se passe au Mas de Beaulieu, à Terre et Humanisme. Réservations : 04 75 36 64 01
Et le 9 juillet au magasin Nature et Découverte d'Avignon. Horaire encore à déterminer. Ayez l'œil sur les « rendez-vous » sur le site…
RETROUVEZ LES PORTRAITS DES PRODUCTEURS
Découvrez les portraits de Jackie Guillemet qui a créé un domaine de réinsertion par la terre en biodynamie – ainsi que François Tourrent, éleveur de vaches gasconnes en estives à Mercus dans l'Ariège.
RETROUVEZ LES PRATIQUES AGRICOLES INNOVANTES ET DURABLES
L'agriculture biodynamique
TRIBUNE
La déclaration d'Auzeville pour les semences paysannes et les droits des paysans.
LES MEDIAS QUI NOUS SUIVENT
Vous pouvez nous retrouver dans Le Nouveau Consommateur, Biocontact et Villages magazine ce mois-ci.
Bientôt sur « surlaplace.tv » le débat qui a eu lieu à Aubin lors de la semaine du développement durable.
C'est tout pour aujourd'hui !
Bien à vous.
Fred et Tifenn
http://www.cheminfaisant2005.net
Retrouvez tous ces rendez-vous sur le site !
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